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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 13:48
On l'aime tellement!

"nous n'avons qu'un fils et nous l'adorons, nous voudrions tellement qu'il se sente bien"...

On a oublié la demande initiale : comment l'aider à mieux écrire! Il ne reste que ce mot "souffrance" et ces parents en sont bien conscients : leur petit garçon qu'ils chérissent tant est mal à l'aise dans ses baskets...Il est Pourtant ils passent leur temps à tout faire pour lui! font tout pour lui faire plaisir, voire même aller au devant des siens.

Tout semble idyllique et pourtant, comment expliquer à ces parents aimants que leur fils souffre de ce trop d'attentions, ce trop de prévenir le moindre désir, bref de ce trop d'amour : c'est étouffant.

"J'ai l'impression qu'ils me demandent quelque chose que je ne peux pas faire!" dit cet ado. Il se plaint de faire des crises d'asthme et se culpabilise d'être sans doute -décevant- pour ses parents. Trop, c'est trop.

"Je ne peux pas me plaindre d'être malheureux" dit-il, "mes parents me donnent tout, tout ce que je veux". On ne dira jamais assez qu'il est préférable de faire -avec- un enfant plutôt que de faire -pour- lui. A ce jeu là forcément il y en a un qui devient transparent, inexistant, inconsistant et qui cherche désespérément qui il est ; la dépendance se renforce entre celui qui demande sans cesse plus et l'enfant qui sent bien qu'il ne pourra jamais combler une telle demande. C'est un cercle vicieux qui créé bien des tracas : des désordres alimentaires à l'échec scolaire en passant parfois par la dépression car la plupart du temps ces jeunes n'apprennent pas à se faire confiance, à ressentir ce qui est bon ou mauvais pour eux. Ils ne savent pas s'engager, prendre des décisions, des initiatives, incapables de faire confiance à leurs propres perceptions. On leur a toujours appris plus à paraître qu'à se connaître. Ce "marquage" s'incruste au fil des années qui passent et quand tout se déglingue, tout le monde est surpris d'héberger un petit tyran au sein de la famille...

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 09:10
difficultés d'attention?

Elles sont souvent brandies comme -forcément l'explication la plus probante- aux troubles de l'écriture... C'est vrai parfois, mais pas toujours, sorte de "fourre-tout" comme le sac à tous les "dys"... Cela engendre même ce genre de remarque : "je ne suis pas heureux parce que je n'arrive pas à me concentrer"! Etonnamment le même gamin est capable de dessiner sans se distraire, tout au plaisir de s'amuser avec la trace et que dire des jeux vidéo qui visiblement ne posent aucun problème à certains distraits???

Pour porter son attention de façon adequate encore faut-il pouvoir en disposer à sa guise, sans être pris entre le marteau et l'enclume pour choisir et ne pas se sentir tiraillé de partout.

Il y a des milieux familiaux où l'on créé un contexte porteur, plus porteur que dans d'autres familles : moins d'ambiguïté dans les demandes, plus de clarté : tout est énoncé le plus clairement possible ; les parents portent de l'intérêt à leur enfant = l'enfant est vu, reconnu pour ce qu'il est et ce qu'il fait ; les demandes et les règles sont dites clairement et offrent une possibilité de faire des choix (des bons et des moins bons mais qui amènent l'enfant à savoir où il s'engage et à en être responsable) ; la confiance, eh oui... toujours elle : indispensable car c'est grâce à elle qu'un enfant peut relâcher un peu de ses défenses et mettre le bouclier de côté! ; le défi : intéressant le défi... "oui, tu peux y arriver" pour cela on va te proposer des activités peut-être plus complexes, à un niveau supérieur mais pas de soucis... tu peux le faire... c'est à ta portée ! C'est sûr ça change du discours : "déjà ce qu'il fait c'est pas mal..." ou bien "il vaut mieux tenir que courir" considérant que l'enfant prend déjà un risque de se planter avant même d'avoir essayé, pas la peine de le tenter vers l'aventure et lui offrir le risque de ne pas pouvoir réussir!!! ah... ça ne donne pas des ailes!

Tout cela demande des règles énoncées, posées et bien claires, un brin de motivation, une possibilité de s'engager ou pas, s'adonner pleinement à ce que l'on fait, porté par un soupçon de défi!!

Un enfant qui sait clairement ce qu'il doit faire ou pas se fatigue moins à essayer de deviner quel est le message parental, que veut vraiment chacun? est-ce possible ou pas? ont-ils aussi l'autorisation de ne pas se prendre la tête pour un truc somme toute sans grand intérêt ou se doivent-ils de ne pas trahir le message parental??

Ce que j'observe c'est que les enfants qui sont soumis à des tiraillements au sein même de leur famille, qui craignent plus que d'autres de décevoir (tant ils sont porteurs de l'attente parentale) ne sont pas à même d'être sereins, libres de se réaliser dans des activités gratifiantes. Ceux-là sont plus distraits, s'échappent dans des demandes effrénées où la satisfaction doit être immédiate, sont plus impatients et autoritaires, moins matures affectivement et surtout beaucoup plus stressés que les autres....

à suivre...

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 15:41
photographie de Yann Monel

photographie de Yann Monel

"la vie est si courte, et l'art si long à apprendre" (Hippocrate)

La vie n'existe qu'au présent. Cela semble simple à dire mais tellement plus compliqué à appliquer au quotidien!

Les enfants que je vois en thérapie sont pris par toutes leurs activités entachées d'inquiétudes pour le lendemain ou les jours à venir... parfois les années à venir! L'état de tension est permanent et fatigant ; certains sont embarqués dans ce flux et peinent à garder la tête hors de l'eau ; d'autres ont décidé "d'endormir" les zones les plus agitées de leur esprit et de leur corps : ils suivent le flux, ailleurs ; s'échappent comme ils peuvent.

Il n'y a encore que les plus petits pour être dans ce plaisir intense du moment présent. Lorsque je regarde mon petit fils s'activer sur ses gribouillis : il est dedans intensément ; il n'y a rien d'autre, aucune autre distraction -pendant- cette activité.

Diviser son attention, c'est se créer des tensions et nous ne faisons que cela, jour après jour.

D'où la difficulté du travail de relaxation. Un patient me demandait si je savais à l'avance comment j'allais travailler avec lui?? Si le cadre de travail est très stricte tout comme les "exercices" ; l'approche demeure différente avec chaque patient. Erickson disait qu'il faut faire une théorie pour chaque personne. C'est vrai. Chaque patient est unique et il faut s'adapter à chacun, -inventer- en fonction de ce qu'il est et de ce qu'il apporte. En quelque sorte c'est comme la peinture ou la sculpture : cela reste très créatif et c'est parfois aussi l'aventure! Au lieu de s'opposer au mouvement on l'accompagne : on ne peut pas demander à un gamin qui bouge tout le temps de se tenir au "garde à vous" le temps d'une séance ; forcément il va falloir du temps pour entrer avec lui dans son rythme. Parfois ce n'est pas possible et il faut attendre le moment propice. Cela ne sert à rien de se précipiter et d'attraper le rebelle à bras le corps!

Le choix d'une couleur et son intensité, la force engagée participent à l'élaboration d'une trace qui n'est ni dessin, ni écriture ; juste une projection du corps, de la main ou du bras.

La feuille peut se couvrir de couleur verte et renvoyer à quelques mots : "on se met au vert aujourd'hui"! petite pause sans doute où le patient se mettra hors cadre ou bien acceptera le temps d'une courte halte de souffler un peu!

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 13:31
huile sur toile de Philippe Lejeune

huile sur toile de Philippe Lejeune

L'enfant tendu, crispé.

Il y a bien sûr de multiples raisons et elles ne s'expriment pas toutes via le symptôme de la -vilaine écriture- ou de -l'écriture trop lente- ou -de l'écriture illisible-.
Pourtant, les enfants que je vois ont en commun une plus grande sensibilité aux séparations, au manque, à l'absence. Un grand nombre, parmi eux sont en garde alternée et je ne peux que constater (sauf rares exceptions et ceux-là ... je ne les vois pas) les remous que cela occasionne.

Il y a parfois de tels problèmes au sein du couple que l'enfant ne peut accoucher de sa famille ; c'est comme s'il devait rester au stade d'un foetus que l'on aurait mis dans un bocal de conservation!... dans le formol! Alors pour faire face ils n'y vont pas par quatre chemins : se corseter pour se détendre, se contraindre pour respirer, se crisper pour sauver les meubles.

Une semaine chez l'un... une semaine chez l'autre... qui aurait envie de changer de maison toutes les semaines???

"Au risque de se répéter, il faut dire que tous les professionnels de la santé mentale de l'enfant considèrent la séparation, le sentiment de perte et d'abandon et l'état dépressif qui peuvent en découler comme un risque majeur pour la santé psychique de l'enfant, surtout s'il est jeune, qui doit être pris en considération, analysé et traité avec beaucoup d'attention. En effet, si l'enfant a l'impression qu'il ne rencontre ni écoute ni soulagement à sa souffrance et qu'il est donc sans recours, il en vient à se couper de son propre ressenti et à se cliver, s'anesthésiant affectivement, en quelque sorte, pour ne plus ressentir la souffrance d'un vécu de séparation devenu traumatique et intolérable : il s'agit du clivage interne" (R. Roussillon).

Je rencontre souvent des enfants, des adolescents qui au premier regard semblent ailleurs... Les parents avec assurance m'affirment qu'il ou qu'elle va très bien -à part l'écriture- et qu'il ou elle supporte très bien la séparation et qu'il n'y a visiblement aucun problème... "il joue bien, travaille bien" alors qu'à peine posé à un endroit il doit déjà se préparer à le quitter. Tout le monde semble alors s'étonner que ces jeunes soient  plus préoccupés que d'autres...plus tendus aussi, au point de ne pouvoir écrire vite en classe.

Je dois avouer que ce sont plus souvent les pères qui font acte de violences verbales et contestent tout ce qui est entrepris par les mères. Comment trouver de la sécurité lorsque l'un de ses parents menace sans cesse l'autre?? Comment se sentir bien? détendu? alors que l'enfant passe son temps à tenter de s'adapter à l'un et à l'autre et à trouver un équilibre, ma foi très précaire.

Pour rappel : un enfant a besoin d'être protégé physiquement et psychologiquement ; il a besoin d'un cadre stable avec un rythme, des repères ; il a besoin de la constance de son environnement familial et besoin aussi d'avoir son "chez soi" = des choses à lui, des lieux à lui.

Déjà quand tout se passe aussi bien que possible, de façon respectueuse pour un enfant, c'est compliqué... alors que dire lorsque les relations entre les parents ne sont pas au beau fixe et pleines d'insécurité??? à méditer...

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 07:54
petite régate

petite régate

L'écriture reste un langage des sentiments et des émotions ; les patients qui souffrent de mal écrire ne possèdent pas ce langage... sur le bout des doigts ; quelque chose s'est perdu en cours de route.

L'écriture est le sceau de notre appartenance : à une famille, à une histoire, à une langue et à une culture ; très souvent elle en dit trop malgré nous.

Tout se joue dans les liens, tant celui entre les lettres : la liaison (souvent chaotique, au petit bonheur la chance!) que dans les rapports aux autres.

Il y a parfois dans une écriture en souffrance une demande qui perdure, inlassablement : celle du regard de l'autre. Obstinément il y a une attente : peut-être celle d'être enfin vu et de trouver sa place. Certains, faute d'être "bien vus" se rebellent, s'isolent : un jour victime, un jour bouc-émissaire ; ils se mettent en marge des règles, des codes sociaux ; se sentent au-dessus de tout cela alors qu'en réalité ils sont perdus, hésitant entre des postures un brin mégalo et d'autres beaucoup plus provocantes d'auto-dénigrement. Difficile de s'y retrouver...

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 08:33
G. di Chirico

G. di Chirico

Je pense à un jeune patient qui vient à mon cabinet accompagné de sa mère ; il y a une demande pour un gros retard d'écriture et visiblement cela devient un réel problème en classe.

Je ne pourrai en savoir plus... je ne pourrai même pas croiser son regard car c'est au-dessus de ses forces et l'échange est sans doute perçu comme trop violent. Echec de la consultation : ce n'est pas le bon moment = il ne veut pas être aidé, il se cache dans la veste de sa mère, ne se tient pas debout, rampe sur le sol la tête cachée dans ses mains. Etait-il au courant de ce rendez-vous? y était-il préparé? en avait-il exprimé le souhait?? On me dit que oui ; je ne sais pas.

"Je suis regardé donc je regarde" et "quand je regarde, on me voit, donc j'existe". Tout est énoncé dans ces quelques lignes de Winnicott.

La confiance est sans doute ce qui est le plus nécessaire à une vie -agréable et sécure- : j'ai confiance ou je n'ai pas confiance ce qui amène tout de suite à : il y a moi, il y a l'autre et entre les deux... cet espace plein d'imprévus, cet espace où il est difficile de garder la maîtrise et encore moins d'avoir la garantie, l'assurance de ce qui va se passer dans cet entre-deux!

Cela nous renvoie à la fiabilité maternelle ; c'est la mère qui peut permettre à un enfant de prévoir, de penser à ce qu'il va découvrir : le monde! autour de lui... Lui dire qu'il n'a rien à craindre parce que quoi qu'il arrive, elle est là ; il peut se dégager d'elle, le temps de la rencontre, de l'échange en toute sécurité.

D'où mes interrogations face à ces enfants qui ne peuvent pas utiliser le regard et s'en remettre à l'autre : celui qui les voit, les regarde. Dès la première rencontre on sait que la consultation ne pourra se faire qu'avec l'accord conscient et inconscient de la mère. Il ne suffit pas de prendre rendez-vous encore faut-il valider la rencontre, assurer l'enfant que -tout va bien-.

La manière dont on est regardé, la relation que j'ai avec ceux qui m'entourent me fait regarder le monde.

Et l'écriture dans tout cela? C'est le petit fil rouge qui se donne à voir mais ce n'est pas toujours facile d'aller le choper! Michel Leiris a ces mots : "dans l'acte d'écrire, il s'agit bien de sculpter soi même sa propre statue". Mais  parfois ça coince sérieusement et le prix est lourd pour se dégager.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 13:33
Paul Klee - deux poissons, un ver et un hameçon -

Paul Klee - deux poissons, un ver et un hameçon -

Le petit dessin que l'enfant trace pour faire un a ou une autre lettre n'est pas du dessin mais une lettre.

Il ne s'agit pas de recopier une forme mais de tracer un son de la langue parlée. C'est vrai que très souvent les parents qui prennent rendez-vous pour les soucis d'écriture de leur enfant confondent les mots -graphisme-, -motricité fine- et -écriture-. L'écriture utilise le trait tout comme le dessin mais lorsque l'on dessine on n'est pas du tout dans la même activité que lorsque l'on se retrouve devant sa feuille, stylo en main! L'écriture implique aussi le corps comme le dessin.

Alors qu'est-ce qui pose problème? question qui m'est souvent posée??

Passer d'une forme à une lettre n'est pas une mince affaire lorsque l'on commence à écrire et pour certains... même après!

Un enfant de 6 ans n'a pas la même écriture qu'un de 11 ans ou de 16 ans. L'écriture ne relève pas d'une simple maturation neuro-motrice ; elle va bien plus loin puisque l'enfant doit accéder en même temps à la forme et au symbole, associer ses capacités psychiques et son corps tout à la fois.

La trace et le travail qui y est associé se conjugue aussi grâce au geste : former les lettres, les relier, les mettre en mouvement sur la ligne pour qu'elles puissent progresser en engageant le bras. C'est à ce prix que l'écriture sort du corps pour aller vers l'autre, parler à l'autre.

Certains enfants qui souffrent de mal écrire souffrent précisément de cette difficulté à s'ouvrir à l'autre. Il m'arrive de recevoir des enfants qui tout en étant au courant du rendez-vous, ne peuvent arriver ni à me regarder, ni même à accepter de monter d'un étage pour parler de ce qui les amène chez moi! Phobiques du regard et du contact à l'autre ils ne peuvent relâcher la pression qu'ils s'infligent et surtout ne peuvent baisser pavillon pour accéder à une demande ou à une règle autre que la leur.

Il s'agit là d'une sorte de jeu de cache-cache où l'enfant absente l'autre et s'absente lui-même. Ces enfants ne possèdent pas toujours le langage des sentiments et des émotions. Pour les atteindre il est parfois nécessaire de prendre le temps de les apprivoiser ou attendre le bon moment!

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 16:49
huile sur toile (catdigue)

huile sur toile (catdigue)

Me voici passer à la vitesse "premium".... qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour ne plus avoir de publicités débiles qui s'infiltrent au milieu d'images ou de textes que vous vous efforcez de bien rédiger en y mettant aussi un contenu précieux à vos yeux : celui d'informer, de faire découvrir à d'autres une pratique, un art, ou partager simplement des réflexions.

C'est donc, armée de pinceaux, de stylos, voire du calame (roseau qu'utilisaient les Anciens pour écrire) que je trace mon chemin, la plupart du temps coloré, parfois même indigné lorsque je m'efforce de résister à "l'imbécilité heureuse"...

Je crois à la transmission, car c'est sa propre mémoire que chacun doit transmettre. Dans mon travail de thérapeute (troubles de l'écriture) c'est bien souvent là que le bât blesse. On transmet à nos enfants ce que nous tenons de nos parents, de nos grands-parents, de notre famille : c'est la clé de l'appartenance ; puis on transmet aussi nos valeurs, ce que l'on apprécie : un bon livre, un auteur, une musique etc... tout cela associé aux émotions qui accompagnent le don, ce qui nous fait vibrer, chanter, ce qui nous émeut. On reçoit en héritage le talent de ou les yeux de... le caractère de... aussi... On transmet aussi ce que nos parents nous ont offert comme le cadeau le plus précieux : leurs souffrances, leurs manques, leurs croyances... à nous de faire le tri, à nous de nous munir d'un "kit de survie" plus en accord avec ce que l'on est intimement.

Je reçois souvent des enfants "en panne" dans les apprentissages et ce n'est pas par manque d'intelligence ou de curiosité, bien au contraire. Je vois des enfants chez qui le doute et l'incertitude sont si grands qu'ils les privent du bonheur d'apprendre tant l'anxiété est grande. Ils s'affolent vite, se perdent, veulent être arrivés avant d'être partis : ceux dont l'écriture se hâte tant qu'elle arrive au bout de la ligne totalement détricotée, sans forme, sans tenue, bref : non présentable et non lisible. L'effort de construire semble si compliqué à mettre en place!

Associer, faire des liens = ce que l'on retrouve dans le fil de l'écriture via la liaison et le rythme est devenu complexe. Ils y préfèrent le mode d'emploi magique, la poudre de perlimpinpin et les parents aussi : "alors? il fait des progrès? quand pensez-vous avoir résolu son dysfonctionnement??"... bah... vu sous cet angle, je n'en sais fichtrement rien!!!

Ah... écrire de sa main, quelle jubilation! Lorsque je me laisse aller à dire cela à mes patients, ils me regardent avec des yeux ronds et s'offusquent : écrire? vous trouvez cela drôle! ah non!

Ah non? et pourquoi cela? "parce que cela fait mal"... et voilà le début de notre travail.

Tracer ses propres mots comme on dépose la peinture sur une toile, quel bonheur! Je me demande toujours comment on peut dire son amour par sms... "jtm"??? qu'est-ce à côté d'une trace manuelle? reconnaître chaque lettre... cette trace qui se grave à jamais sur la feuille et dans votre mémoire...

Bref, c'est cela accompagner un enfant et l'aider à découvrir le monde, les autres. C'est aussi pour moi, réconcilier la tête, le coeur et la main.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 13:35
feuilles : Séraphine de Senlis
feuilles : Séraphine de Senlis
feuilles : Séraphine de Senlis

feuilles : Séraphine de Senlis

Prendre en compte ce qui nous fait plaisir... vraiment... est aussi une manière de gagner en connaissance de soi.

Lorsque des patients sont très tristes, déprimés et qu'ils n'ont pas envie d'avoir envie, cela devient un vrai défi de les aider à repérer leurs envies, les réveiller et les sortir de leur anesthésie quotidienne. C'est presque une autre façon de faire du sport mais là on muscle l'estime de soi plus que les abdos. Tout est bon, de l'origami au petit dessin laissé à la va-vite, sans compter toutes les créations sorties de leur imagination.

Il y a tant de choses à découvrir. Je me demande parfois si l'école n'a pas purement et simplement oublier ce concept : apprendre à regarder et à s'émerveiller. Se servir certes de sa tête mais aussi de ses doigts pour créer. L'école est devenue le lieu où l'on s'ennuie le plus ; certains s'amusent pour faire passer le temps... Ils divertissent les copains, bouffent leur stylo, font des blagues, rêvent, bavardent... les profs hurlent, s'exaspèrent et ça repart pour un tour!

"si les portes de la perception étaient ouvertes, alors tout apparaîtrait à l'homme tel quel -infini." (William Blake)

Comment rendre moins pessimiste un gamin qui le serait de naissance??? question posée par une maman qui savait de quoi elle parlait (elle-même très défaitiste et souvent déprimée).... En l'aimant... en le valorisant, en tentant de le faire sortir de ce cercle vicieux qui fait que face à quelque chose qui ne va pas, forcément comme il est sûr que ça ne marchera pas, eh bien ça ne marche pas!

C'est très difficile d'accepter la contrariété, d'accepter de faire ce que l'on doit faire et qu'on n'a pas envie de faire ; les contrariétés, les échecs et la souffrance qui en résultent existent bel et bien ; c'est ainsi, il faut en accepter l'idée et faire d'une difficulté une opportunité. Tout est question de dosage : comment équilibrer ce qui en soi tend parfois vers le négatif et parfois vers le positif et surtout comment se regarder avec bienveillance.

Certains jeunes se rebellent face à quelque chose qui leur est imposé = les prochaines vacances chez papy et mamy ou un séjour à l'étranger alors qu'ils ne rêvent que de se poser dans leur chambre... ; difficile de dire non, difficile de prendre sa place tout en satisfaisant tout le monde. Parfois le conflit est ouvert et la douleur réelle ; c'est très compliqué de leur dire que quelle que soit la situation qu'ils vivent, il leur est permis de relativiser ; c'est souvent la tristesse de ce qu'ils ressentent qui a besoin de se montrer, d'être entendue et ressentie.

Bien des patients, quel que soit leur âge, s'épuisent en cours parce qu'ils sont aux deux tiers absents dans leur tête. Bien des patients sont trop exigeants avec eux-mêmes pour être détendus ; pourtant toute création que ce soit faire des confitures, confectionner un gâteau ou une maquette d'avion de la 2ème guerre, peindre, colorier... absorbe et les rend présents à eux-mêmes et au moment présent. Bouger ses doigts (sauf pour écrire qui engage à bien plus!) pour le meilleur!

 

 

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 08:33
Lorenzo Mattotti et photographies de Plisson
Lorenzo Mattotti et photographies de Plisson
Lorenzo Mattotti et photographies de Plisson

Lorenzo Mattotti et photographies de Plisson

Deux lettres différentes et tout change! c'est la magie des mots.

Echanger le L de douleur contre un C et tout est différent! La douceur désarme la violence et dans notre société qui est de plus en plus dure et contraignante, cela me semble être un joli mot qui précisément associe et relie le corps à l'esprit.

Dans le cadre de mon travail thérapeutique je dis souvent que nous ne sommes pas que des têtes ou des mains et qu'un corps tendu a bien des raisons de l'être. Je me demande parfois si cette crampe qui empêche le geste libre de l'écriture ne serait pas un automatisme de défense contre une douleur occulte.

La douceur est souvent associée à la faiblesse, voire au manque de caractère ou pire à la bêtise. J'entends les paroles des enfants... les cours de récréation ne sont pas des lieux de douceur, loin de là. Le "doux" risque de se faire -casser la gueule-... Pourtant la douceur est une arme extraordinaire qui est capable d'être active sans être réactive. C'est un carrefour entre soi et l'autre, un point d'équilibre qui ne s'impose pas par autorité. Elle part du corps, se tend vers l'autre et revient au corps.

"Que vaudrait la douceur

si elle n'était capable,

tendre et ineffable,

de nous faire peur?

(R.M. Rilke)

Quant à la Couleur... Elle est la vie. Les couleurs donnent la météo de nos élans, nos ambivalences, nos désirs. Lorsque l'on peint on pense souvent en couleurs et parfois même on voit le monde autrement! Mattotti qui privilégie le trait comme "ligne du désir" ne rechigne pas à des à-plats vifs et colorés.

La couleur permet de s'évader et de fixer le regard ; c'est notre drame : nous sommes trop rarement dans ce que nous faisons. Les jeunes l'expriment très bien : "j'oublie ce que je fais... je ne sais plus, j'ai plein de choses dans la tête". Revenir sur terre est souvent bien compliqué! pourtant lorsque l'on se met en "mode création", on "ameute la vie", on se remet en piste... Face à des personnes tristes, déprimées, sans enthousiasme, j'ai parfois envie de dire que ce qui nous fait mourir, ce n'est pas la mort, c'est de ne pas vivre.

C'est le printemps, le vert des petites pousses, des arbustes, de l'herbe nous saute aux yeux ; les couleurs sont vives et le soleil les booste. Même dans notre assiette les premiers légumes nous ravigotent! La couleur jaune ou orange apportent éclat et chaleur. Le jaune autrefois honni car couleur de la traîtrise (cf représentation de Judas en toge jaune) est à nouveau la couleur de la lumière.

Ce matin, chemin faisant,

Dans le soleil et le vent,

J'ai rencontré le Printemps,

Partout, il me faisait signe,

Par le muguet du jardin,

Par la sève de la vigne,

Par le pollen des grands pins...

Par le vert des jeunes pousses,

Par le bleu du ciel nouveau,

Par le velours de la mousse,

Par le satin des roseaux...

huile sur toile (catdigue)
huile sur toile (catdigue)

huile sur toile (catdigue)

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.

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