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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 15:58
un temps qui s'étend...

Dans ma pratique thérapeutique mes patients n'ont pas trop envie de grandir... qu'ils aient 8 ans ou 16... voire 20 ans, le problème est là et l'adolescence devient un temps qui s'étend de plus en plus. Bien sûr les perspectives professionnelles ne sont pas enthousiasmantes surtout chez des jeunes naturellement plus anxieux que d'autres. Tout est prétexte à freiner des quatre fers! Plus âgés ils quittent moins vite le foyer familial ; les difficultés matérielles retardent l'autonomie : partir oui... mais comment faire? Ils sont contraints de rester chez leurs parents et ce n'est pas simple. D'où des sentiments de désespérance, d'anxiété, des troubles de l'estime de soi et de grands moments de doute.

Certains de mes "grands" patients... sont bien embarqués dans leurs études mais parfois ils sont dans "le pot au noir". En bateau on utilise ce terme lorsqu'il n'y a plus de vent : on est bloqué et il faut attendre que la voile se gonfle à nouveau! ça peut durer longtemps! Le lien avec l'extérieur se cantonne souvent au virtuel : les jeux en ligne, les réseaux sociaux. Une façon comme une autre de s'anesthésier... une autre période de latence où plus rien ne bouge. J'entends souvent, lorsqu'il leur est possible de parler un peu d'eux : "j'ai peur... la réalité est dure à affronter". Ce ne sont pas ceux qui s'agitent le plus, vocifèrent ou font les quatre cents coups qui vont le plus mal ; je suis plus inquiète pour ceux qui ne parlent pas : les crises sont alors silencieuses et le désespoir muet.

En cette fin d'année scolaire, je souhaite que les vacances leur soient douces et apaisantes ; je ne peux empêcher certains de s'inquiéter déjà pour la rentrée au point d'en oublier l'été!

Difficile de leur dire que cette période de leur vie n'est qu'une crise à passer ; c'est sans doute le prix à payer pour que la chenille se métamorphose en beau papillon. Se pointent à l'horizon les rencontres, l'amour, la vie sexuelle et en contre-partie le risque de séparations, des peines de coeur... tout ce qui fait mal et qui fait que les sentiments, ce n'est pas du gâteau!

C'est ainsi que l'on quitte l'enfance pour aller vers sa vie d'adulte et il faut bien en passer par là. "Zèbre ou ne pas zèbre" pour paraphraser un de mes jeunes patients ; l'humour est souvent un bon moyen de tenir le coup! Le déni aussi, mécanisme de défense puissant ; il touche parfois aussi les parents qui font l'autruche pour se rassurer : "tout va bien, c'est juste son écriture qui flanche!" Les parents ne doivent pas banaliser la souffrance psychique de leur enfant, ni tenter d'y apporter des explications rapides, simplistes. Je leur dis souvent qu'au lieu de questionner leur jeune, de vouloir à tout prix obtenir des explications avec des "pourquoi" incessants il est préférable de leur montrer qu'ils -voient- que quelque chose cloche : "tu n'as pas l'air bien... tu sembles bien triste en ce moment... tu es tendu, tu ne trouves pas?"; "on s'inquiète pour toi, parce que nous sommes tes parents...".

Dans la mesure du possible et dans le cadre où tout le monde est d'accord, je vois de préférence les deux parents ; l'idéal est qu'ils soient ensemble convaincus du bien fondé de leur démarche (souvent à l'initiative d'un seul parent) ; bref, ce n'est pas toujours simple.

Pourtant rien n'est anodin ; passé le constat d'une difficulté à l'écriture d'autres troubles sont évoqués plus ou moins prégnants : une crise d'angoisse, des migraines à répétition, de l'eczéma, des troubles du sommeil : le corps parle, il protège notre Moi de la souffrance ou de trop de douleur morale. Il s'agit par conséquent de se retrouver dans un corps, un bras, une main qui trace ; se retrouver dans son corps quand on en a perdu le mode d'emploi. L'écriture n'est alors qu'une perche tendue qui raconte notre histoire. Car c'est souvent en explorant l'histoire affective d'un patient que l'on augmente ses chances de guérison. C'est de manière très progressive que l'on peut retricoter ensemble le corps, les mots et les émotions qui donnent sens à ce qui est ressenti petit à petit.
Les troubles de l'écriture sont des troubles d'origine psychosomatique et nous pouvons tous avoir une maladie somatique ; la somatisation résultant d'un processus traumatique de "démentalisation". Le trop-plein émotionnel se déporte alors sur le corps.

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.

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