Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 09:53
sculpture de Jurga

sculpture de Jurga

Ce matin les cloches de l'église sonnent tristement une messe d'enterrement. Devant moi une grand-mère avec son petit garçon, d'à vue d'oeil, 8-9 ans. Il s'étonne : "mamy pourquoi les cloches ne sont pas gaies ce matin?" ; sa grand-mère lui explique qu'une personne est partie! : ce sont ses funérailles! Funérailles... quel drôle de mot dit-il, un peu surpris = "il ou elle est morte, c'est ça mamy?". "oui".

Le dialogue me fait penser à un de mes jeunes patients (eh oui! même en vacances...) estampillé précoce et qui lors de notre premier rendez-vous était arrivé en brandissant son Q.I comme un étendard! puis... en ajoutant "maman m'a dit que j'écrivais mal parce que je lisais bien et que je réfléchissais trop!". Et d'ajouter : "je préfère lire, c'est plus facile quand j'ouvre le livre pour lire les premiers mots alors que les écrire...". Parti sur sa lancée il était ravi de me dire tous les mots qu'il découvrait au fil de ses lectures ; le dernier en date "funérailles"! et celui-là, avait-il ajouté, n'est pas rigolo du tout. Il y avait beaucoup réfléchi précisant que cela lui arrivait souvent et l'empêchait de dormir... ou d'écrire car perdu dans ses pensées sa main oubliait le fil des mots. Et puis ce mot, funérailles, lui flanquait la trouille. Imaginer que ceux qu'il aime pouvaient mourir un jour... c'était effrayant.

Il est fréquent que des enfants jugés "à haut potentiel" rencontrent des soucis avec leur écriture. Leur cerveau mouline plus vite que leur main et en dépit d'une intelligence pétillante leurs résultats scolaires ne sont pas toujours à la hauteur de leurs compétences. Plus on travaille avec ces enfants plus le mot -souffrance-résonne et plus on découvre à quel point ils sont très souvent plus anxieux que les autres. La mort est bien et bien un grand sujet d'inquiétude.

A force de réfléchir parfois on s'égare et on finit par ruminer les mêmes choses ; la rumination finit toujours par nous débiliter! Ce n'est que lorsque le cours des pensées s'arrête d'épuisement qu'il peut laisser place au ressenti. Mais mon jeune patient a vite repris ses questionnements : "si moi je me perds dans mes pensées, vous aussi?" et comme ça m'agace très vite... "vous le serez aussi... agacée?"... "et même que parfois je suis très triste... alors... le serez-vous aussi?".

Comment lui expliquer, sinon lui dire simplement qu'en fait lorsqu'un patient souffre, je n'ai pas à souffrir avec lui ; ça ne l'aiderait en rien, bien au contraire! On peut être auprès de quelqu'un qui souffre sans éprouver ce qu'il éprouve. Nous voilà revenus au mot "funérailles"en lien direct avec la séparation, l'absence et le temps qui s'écoule sans que l'on puisse le retenir.

Très sérieusement il me parle de son vieil oncle "machin" : dans sa paroisse, il aide les gens tristes à des funérailles! "quel drôle de boulot" ajoute-t-il. "Etre avec des personnes tristes sans l'être... ça doit être compliqué... ou alors dit-il "peut-être qu'il faut aussi être triste dans son coeur". Sa réflexion m'interpelle : oui, il me semble que la réclusion sur la souffrance anéantit tout espoir d'ouvrir les fenêtres en grand pour que l'air s'y engouffre! C'est le choix de la mort plus que de la vie, même en considérant que c'est par amour pour son prochain et que l'on touche à la vie éternelle!  La vie est mouvement, couleurs, parfums, rencontres, rires... espoir. Le gamin poursuit son raisonnement : "mais comment trouver les mots pour réconforter?". Bonne question, les mots! Comment savoir s'ils seront justes ou pas, trop ou pas assez. Parfois je crois que faire silence apaise ; rester silencieux signe sans doute notre incapacité mais peut aussi bien atténuer la peine. Etre juste présent, accompagner. C'est aussi un travail thérapeutique : prendre du champ pour accompagner un patient, se taire, acceptant -et cela arrive- que peut-être je ne pourrai pas l'aider de cette façon, en lui parlant ; c'est là, le travail graphothérapeutique, s'en remettre au corps, au ressenti ; retrouver une respiration nouvelle et faire confiance à la vie. Dans tous les cas, je choisis la vie!

Partager cet article

Repost 0

commentaires

.

De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

@

à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.

Pages