Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 16:37
sculpture Martine Kerbaol

sculpture Martine Kerbaol

Le travail thérapeutique est parfois comme un ballet qui se déroule sur une scène bien cadrée.

Tout au long de la séance il est nécessaire de garder le contact avec le patient, de l'encourager à mi-mots, d'un regard, d'une pression de la main. Bien souvent c'est la tension qui sert d'émissaire pour dire à quel point il est difficile de s'estimer. 90% de mes patients ne connaissent pas les fondements d'une bonne confiance en soi (leurs parents non plus parfois).

Lorsque j'évoque l'importance de reconnaître sa valeur ou tout simplement le bonheur d'être soi, je les vois qui baissent le nez ou s'indignent : "mais c'est de la prétention!"

Pourtant parler de ce qui marche au lieu de toujours pointer ce qui ne fonctionne pas est vital. Des parents me demandent : "que faire pour l'aider...?". A part : ne pas lui faire faire des lignes! je ne vois qu'un remède : facile et rapide = encourager, valoriser, parler du succès, de ce qu'ils réussissent bien car forcément il y a au moins un truc qu'ils font bien... mais si, mais si.

Dès le premier entretien, les enfants que je reçois s'évertuent -outre l'écriture qui va mal- à passer en revue leurs défauts! Il leur arrive aussi très vite de se comparer au frère ou à la soeur qui réussit mieux, aux autres qui font toujours mieux qu'eux. Tout cela n'aide pas à la détente! En les regardant de plus près, ils ne sont en effet pas "flambards" ces petits ; à force d'être tendus, aux aguets, sur le qui-vive, ils sont rigides et adorent avoir le dernier mot ; c'est en quelque sorte le seul moyen de montrer qu'ils existent! S'ils sont terriblement critiques envers les autres, c'est qu'ils le sont aussi pour eux-mêmes : aucune complaisance. S'ils ont de l'humour, cela frise parfois plus l'ironie : ils sont susceptibles et grinçants.

Bref, ils sont mal et leur main qui ne veut pas écrire, suinte de stress ; elle  n'est que le témoin de leur malaise. Dans un premier temps l'objectif reste le même : les amener à dire à quel point tout cela est douloureux ; c'est compliqué parce que la plupart du temps : ils n'ont pas accès à leurs sensations, refoulent leurs émotions tant bien que mal et mettent un point d'honneur à ne pas se plaindre et encore moins à demander de l'aide.

Il leur arrive très souvent de se parler avec violence : "mais quel con je fais! même pas foutu d'être lisible!".

Il leur arrive aussi de pleurer sur leurs toutes petites années, c'était si bien... ; de vouloir être le(a) meilleur(e), invincible, séduisant(e), talentueux(se)...

Souvent la cure n'est pas terminée mais les séances s'arrêtent pour un tas de raisons ; la première est que "ça va mieux" : parfois c'est vrai, parfois, non mais il faut que cela soit ainsi. C'est que la réalité de ce travail est plus complexe qu'il n'y paraît. Un jeune patient peut redouter de perdre le contrôle mais sa mère ou son père encore plus! Parfois il est plus simple de dire que le problème vient de l'extérieur = l'école, les profs, l'emploi du temps, trop de travail, etc... Il y a une logique névrotique qui au départ peut être un moyen de survivre ou de faire face mais qui à la longue peut user ; l'objectif est de quitter la survie pour entrer dans la vie. La tension et le stress créent des déséquilibres et de l'épuisement.

Je me rappelle un adolescent qui à corps perdu s'évertuait à "ne pas tomber dans le gouffre". Tomber le masque n'est pas aisé ; c'est la main qui s'y risque la première! Après, petit à petit le patient baisse un peu sa garde et le flux se fait plus doux, plus souple : la fluidité revient dans le corps.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

.

De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

@

à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.

Pages