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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 14:44
bonobo photographié par Pawel Bogumil ; un air de Jack Nicholson... non?

bonobo photographié par Pawel Bogumil ; un air de Jack Nicholson... non?

 On ne peut pas se passer du "nous" et pas plus des -attachements-. En remontant jusqu'à l'aube des temps on ne peut imaginer notre civilisation, notre société sans cette nécessité du lien.

On a beaucoup parlé du "moi", de son importance presque vitale : se connaître et se reconnaître ; pourtant le "nous" nous relie ensemble : la famille, le couple, l'amour, l'amitié, notre terreau d'origine, notre langue, notre histoire.

Les patients qui souffrent de mal écrire et peinent à s'inscrire, peinent aussi à dire "je" et à envisager un "nous" ; ils restent cantonnés dans un "on" neutre qui ne se mouille pas, ne revendique rien, ne s'engage pas non plus ou très modérément. Ce "on" qui les fige et parfois éteint leur envie d'être. Difficile de ressentir en son nom propre ; difficile d'être à l'origine de tel ou tel sentiment. La neutralité reste de mise.

Pourquoi une photo de -singe-? Parce que les primates ont leurs propres émotions aussi : ils n'imitent pas les humains ; ils sont doués de conscience et d'émotions et avec 98,4% de gènes en commun, les bonobos sont nos plus proches parents! Ils savent faire preuve d'empathie envers les membres de leur famille et il n'y a que les bonobos qui ont compris que le conflit n'était jamais la bonne solution à l'inverse des chimpanzés qui comme les humains  sont capables de se taper dessus au moindre problème, de s'embarquer dans des luttes fratricides et d'aller jusqu'au meurtre!

Les bonobos auraient-ils choisi le "nous" au "moi"? Dans tous les cas le travail de Pawel Bogumil est passionnant ; les photos de ces grands singes nous renvoient bel et bien à nous et à nos comportements.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 17:02
R. Magritte

R. Magritte

Le regard a une grande place dans les troubles de l'écriture. On se regarde écrire tout en sachant que l'autre a aussi un oeil sur ce que l'on écrit. On se lit (ou pas) et l'autre relit (ou pas). Il en va de même concernant le relationnel ; le regard des autres, ce n'est pas rien : il peut "tuer" ou "porter". Il n'y a qu'à énoncer toutes les expressions en lien avec l'oeil : coup d'oeil, avoir à l'oeil, le mauvais oeil, sauter aux yeux, coûter les yeux de la tête, tourner de l'oeil, se mettre le doigt dans l'oeil etc...

L'oeil dans la topologie du corps n'est pas un trou, mais une surface. Elle reçoit aussi bien des images externes que des images internes ; ce n'est pas simple car la perception qui en découle est inexorablement liée à des mouvements de va-et-vient entre intérieur et extérieur.

On perçoit l'extérieur par le regard et cela se fait via notre subjectivité, un ensemble de croyances ou de données inconscientes qui sont à l'origine de notre perception. Cela donne ce genre de remarque très fréquente : "ma tête ne leur revient pas!" et vice-versa. "Il m'a jeté un sale oeil".

Cette interaction entre l'intérieur et l'extérieur est constante et source de bien des tracas. Au tout premier temps de la vie percevoir l'Autre équivaut à se percevoir soi-même. Un bébé ne sait pas encore différencier l'Autre de lui-même. "Le scopique est étroitement lié à l'oral". Ce n'est qu'après que les échanges se feront différemment sauf pour certains enfants, autistes, qui restent bloqués dans un dysfonctionnement scopique puisque l'oeil reste rivé sur le monde interne.

Etonnamment certains enfants, certains patients sont persuadés que leurs parents, voire d'autres personnes, ont le pouvoir de lire leurs pensées rien qu'en les regardant dans les yeux! Heureusement cela s'estompe en devenant adulte! Cela marche aussi d'une certaine façon dans l'autre sens ; des parents racontent comment ils perçoivent leur enfant : son arrivée ; le petit fait souvent office de miroir ; ils se penchent et se voient dans ce miroir ; miroir dans lequel se télescopent plusieurs générations.

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 12:51
Miro "dancing cats" .... une façon de représenter les choses autrement!

Miro "dancing cats" .... une façon de représenter les choses autrement!

Notre travail s'appuie sur un cadre très strict, notamment une grande feuille blanche. La consigne est de se mettre en lien avec la trace et le mouvement qui l'a fait naître. Ce n'est ni de l'écriture, ni du dessin. Pourtant, ne serait-ce que pour échapper à la règle annoncée, c'est bien souvent le dessin qui s'invite au cours d'une séance.

Le dessin d'enfant est un champ d'expérimentation ; il offre un jeu sur les formes, la matière, la couleur, la composition. La spontanéité est de mise, mais pas toujours! Certains dessins se font -a minima- tentant vaille que vaille d'appuyer le discours, de préciser la pensée. On utilise le minimum pour raconter quelque chose qui manquerait de mots! Certains ponctuent leur trace d'un "de toutes façons... je ne sais pas bien dessiner!" ou au contraire : "vous pensez que je pourrais vendre ma feuille combien?"... Qu'est-ce que l'art au fond? Certains enfants en s'imaginant en véritable artiste restaure des pans entiers de leur personnalité souvent malmenée et mise à mal par l'école ou le regard des autres.

A ces dessins s'associe la couleur ; il est intéressant de se rappeler qu'à chaque étape de notre évolution correspondrait une couleur... théorie de la Spirale dynamique inventée dans les années 60 par un psychosociologue américain C.W. Graves et remise au goût du jour par Don Beck 30 ans plus tard. En gros il part de l'idée qu'une couleur s'associerait à différents stades de la vie : le beige = couleur du bébé jusqu'à 2 ans ; le violet : chez l'enfant de 2 à 4 ans, couleur de l'émerveillement ; le rouge : l'egocentrisme de l'enfant de 4 à 8 ans, le guerrier qui sommeille en nous, un côté "enfant roi" ; le bleu : vision normative de l'enfant de 8 à 12 ans (l'ordre, la loi, les règles) ; l'orange : vision individualiste que l'on retrouve chez l'ado et le jeune adulte (besoin de liberté et de création) ; le vert : couleur de l'individu devenu parent ; le jaune : la couleur de l'adulte responsable face à son environnement ; le turquoise : la sagesse!

Voilà... à méditer! les théoriciens de la Spirale Dynamique rêvent sans doute d'une humanité turquoise! pourquoi pas... il y a encore du travail! mais n'oublions pas que passer d'un stade à un autre n'annule pas la couleur précédente ; elles s'empilent, créant ainsi un arc-en-ciel de couleurs à l'intérieur de chacun de nous. La difficulté est d'être un bon chef d'orchestre et de trouver le bon tempo pour les faire cohabiter en toute harmonie.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 13:27
désespérer d'être
désespérer d'être

Il en va ainsi de l'écriture et de son inscription. Ecrire répond à deux questions : "est-ce que je suis?" et "serais-je encore après...".

La première question taraude bien des patients qui consultent pour une difficulté à écrire -vite et bien-. Qu'est-ce qui fait que je suis moi? quelle est ma part d'hérédité? comment puis-je prendre ma place au sein même de ma famille? ne suis-je qu'un ensemble de cellules, un coeur qui bat et un cerveau qui me mène parfois on ne sait où avec des pensées qui sans cesse me bousculent?

Je suis celui ou celle qui écrit et qui en déposant un assemblage de lettres sur une feuille laisse ainsi une trace intime -même maladroite et illisible-, mais indice de ma présence et de mon existence.

"Si l'on écrit, c'est avant tout pour laisser pour un autre que l'on ne connaît pas une trace de soi-même qui, nous l'espérons, nous survivra. Ecrire c'est affirmer l'espoir, qui nous console un temps, que l'esprit, notre esprit, existera encore pour quelqu'un lorsque notre corps ne sera plus". (*A. Bentolila)

Et voilà toute la problématique des jeunes et moins jeunes qui ont des difficultés à bien écrire. On est désespérément seul devant sa feuille. L'écriture fait référence à la séparation, à l'absence, inconsciemment, à la mort.

"C'est parce que je suis, par la grâce du verbe, à la fois "traceur" et "tracé" que je peux apaiser les chiens fous qui menacent de déchirer ce Moi si fragile".

Tout est dit dans cette phrase et fait référence à ces enfants si sensibles qui, étonnamment et en dépit de bons résultats scolaires, doutent sans cesse, s'interrogent, remplis de tant de volonté et de maîtrise qu'ils y perdent toute trace de détente et de bien être.

Certains décident alors de se "rogner les ailes" face au temps qui s'écoule pour s'échapper dans des contrées où le temps sera figé à tout jamais.
On ne peut ignorer la ressemblance entre ces jeunes et Peter Pan ; une comédie musicale est d'ailleurs à l'affiche en ce moment et devrait à nouveau ravir bien des gamins!

Peter Pan où le petit garçon qui ne voulait pas grandir ; pièce de théâtre pour enfants et pour ceux qui l'ont été un jour, écrite par un homme qui entendait rester un enfant. "Peter Pan est insaisissable. Comme il le dit lui-même "je suis la jeunesse, je suis la joie, je suis le petit oiseau sorti de sa coquille". La seule chose qui lui fait vraiment peur est de devoir grandir, apprendre des choses graves et être un homme".

L'histoire de Peter Pan est avant tout la production d'une souffrance infantile, celle de son auteur James Barrie.

J'y fais souvent référence car dans mon travail et l'aide apportée à ces patients privés de leur écriture manuscrite, il m'arrive bien souvent de rencontrer des enfants tristes qui dans leur effort pour ne pas pleurer, ne pas s'effondrer et surtout ne pas oublier leur petite enfance perdent aussi la capacité de sentir, comme s'ils ne pouvaient plus distinguer ce qui est à l'intérieur d'eux et ce qui est dehors. Ils voltigent dans l'air, dans le flou total de leurs sensations.

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 13:54
Ricardo Cavallo

Ricardo Cavallo

j'ai déjà écrit des vignettes sur le test de l'arbre de Renée Stora et le plaisir que j'ai à le faire passer puis à le "décortiquer".

Il associe l'idée d'un test projectif et le dessin ; surprise! bien des jeunes maladroits pour écrire se révèlent être des dessinateurs beaucoup plus à l'aise dans leur trace : moins crispée et moins douloureuse.

L'arbre c'est aussi l'arbre généalogique et tous les enfants sont friands de mieux le connaître et de savoir d'où ils viennent. Le généalogique est constamment présent dans la dynamique de nos vies ; nous sommes cernés et concernés par le généalogique familial des deux lignées de nos parents. La généalogie est constamment à l'oeuvre dans l'inconscient de chacun des patients : la place des uns et des autres dans la fratrie jouant son rôle sur plusieurs générations. Rien n'est anodin dans ce domaine.

Le travail sur l'écriture est un travail thérapeutique sur le lien ; un travail aussi pour aider des enfants à grandir, les soutenir, les étayer jusqu'au moment où du fait même de leur évolution ils s'assumeront en tant que "sujets" ; c'est en ce sens qu'il pourra aussi aider leurs parents à se détacher de relations qui souvent par le biais et au prétexte de l'éducation révèlent certains liens entre enfants perturbés et leurs parents ; ce qui les rend prisonniers les uns des autres.

Le test de dessin d'arbre a pu être élaboré en son temps, à partir de dossiers recueillis au Laboratoire de Psychobiologie de l'Enfant dirigé d'abord par Henri Wallon, puis par le Pr René Zazzo.

Le profil des tracés étant donné pour chaque âge on peut alors voir comment un enfant, un adolescent se situe, avec une avance ou un retard sur son âge réel. Il est nécessaire de faire une observation minutieuse de tous les tracés qui composent un arbre étudié et de les regrouper pour mettre en évidence ceux qui renforcent une signification, s'y opposent ou en tous cas, la tempèrent et la nuancent.

"venue de ses racines, la sève traverse l'artiste tout entier. Il est le tronc de l'arbre. Saisi et mû par la force du courant, il met sa vision au service de son oeuvre. Visibles de toutes parts, les hautes branches de l'arbre se déploient dans l'espace et le temps" (P.Klee "l'arbre de vie")

Le trait du tronc trace l'axe, le support ; sans doute interroge-t-il chez celui qui le trace la représentation qu'il se fait de son corps et l'image qu'il donne à voir. Le tronc est le médiateur entre le monde sensible et la sphère des idées.

D'application aisée et ludique, le test de l'arbre peut être utilisé et l'est effectivement aussi bien en psychologie clinique qu'en pédagogie, en orientation professionnelle, en sociologie, en psychiatrie et en psychothérapie. Le tracé prend sens et poids par rapport aux autres tracés qui l'appuient ou s'opposent à lui ; en fin d'analyse la confrontation avec l'échelle de maturité affective permet de constater sur quels points le vécu est harmonieux ou difficile, bouleversé ou non par des chocs qui ont plus ou moins pesé sur l'évolution affective d'un patient.
Sa souplesse d'application permet son utilisation au cours des psychothérapies et renseigne sur l'état psychique, émotionnel d'un jeune. (ou d'un adulte!)

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 09:15
l'atelier - huile sur toile (catdigue)

l'atelier - huile sur toile (catdigue)

L'autonomie... quel joli mot qui suscite tant d'inquiétudes chez mes jeunes patients et par ricochets chez leurs parents.

L'origine du mot "autonomia" en grec vient de autos, soi-même et nomos, la loi. En gros, c'est savoir s'imposer des règles à soi-même. Difficile alors de mettre les points sur les "i"... aux questionnements des parents inquiets. Oui, leur enfant est encore un peu "bébé" à bien des égards et ce n'est pas toujours en lien avec de bons résultats scolaires... On peut être très performant mais flanquer le bazar en classe ou se heurter aux profs ; on peut aussi, hélas, ne pas avoir de résultats à la hauteur de ses compétences intellectuelles et décider de se laisser vivre... l'autonomie n'est pas faire n'importe quoi mais être responsable de ce que l'on fait. Bien des enfants ou des adolescents s'y perdent et bien des parents s'y méprennent.

La plupart du temps les jeunes qui souffrent de leur écriture sont aussi fâchés avec les limites, les consignes. L'écriture se bâtit sur des règles, sur le code alphabétique en premier puis sur le sens des lettres qui deviennent symboles. Je remarque que bien souvent mes jeunes patients sont incapables de travailler dans leur chambre et se tiennent là où tout le monde "passe", où se trouve maman : la salle à manger, la cuisine, le bureau (mais pas le leur!). Facilement distraits ils ont sans cesse besoin d'avoir quelqu'un qui fasse à leur place, quitte à les houspiller lorsqu'ils font n'importe quoi! qu'importe! l'essentiel est de ne pas être seul. Et on est seul devant une page blanche pour y déposer son écriture.

Notre objectif dans l'aide proposée est de les amener à travailler de plus en plus seuls. Même petit, on peut se "lancer" à sa mesure tout en bénéficiant du regard attentionné de maman, de papa ou d'une autre personne ; plus on grandit, plus il est nécessaire de mener à terme ses devoirs avec discipline, persévérance et accepter de faire des efforts -même lorsque l'on est très bon en classe- ; les "précoces" connaissent bien le problème! à quoi bon s'atteler au travail puisque, même sans réviser, on obtient de bonnes notes!!

Je ne dis pas qu'un enfant doit être laissé à lui-même ; non, bien au contraire ; dès le primaire, puis au collège il a besoin d'un cadre, d'une présence, d'un soutient ce qui est bien différent d'une présence qui fait à sa place, dirige et empêche la prise de décisions voire l'évaluation des risques.

Etre autonome en toute quiétude nécessite d'être au clair dans sa tête et dans son coeur. Certains, parfois, veulent rester le petit, le tout-petit de maman. C'est aux parents de mesurer la bonne distance et de veiller à laisser aussi leur enfant libre : libre de ses choix, de ses engagements, de ses expériences... tout en veillant au grain!

Il ne faut pas oublier que les jeunes qui souffrent en écrivant (écriture trop lente, imprécise, illisible...) s'oublient en quelque sorte et s'en remettent à l'autre pour décider, choisir, voire sentir à leur place. Il est avant tout nécessaire de les aider à rétablir le contact perceptif avec eux-mêmes car ils ne se "voient pas". Certains réclament même qu'on leur indique ce qu'ils doivent sentir. Ils ne tiennent que par le regard de l'autre ; regard qui peut aussi les faire défaillir au point de prendre leurs jambes à leur cou dès lors qu'un travail de relaxation leur est proposé. Il y a des enfants qui ne peuvent le supporter ; c'est trop.

Il me semble bien souvent que derrière ce travail de soutient perce toujours des similitudes avec la peinture, la trace, le dessin.

"L'art, c'est l'harmonie. L'harmonie c'est l'analogie des contraires, l'analogie des semblables, de ton, de teinte, de ligne, considérés par la dominante et sous influence d'un éclairage en combinaisons gaies, calmes ou tristes" (G. Seurat)

Cela m'évoque bien des séances de thérapie!

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 15:07
sèchage des feuilles de papier - extrait d'une lettre de V. Van Gogh qui associe le texte au dessin
sèchage des feuilles de papier - extrait d'une lettre de V. Van Gogh qui associe le texte au dessin

sèchage des feuilles de papier - extrait d'une lettre de V. Van Gogh qui associe le texte au dessin

On dit que la meilleure chose qu'il puisse arriver à un drap c'est de finir en papier! ... du beau papier comme ceux du XVIIIème dont la tenue n'avait d'égale que la souplesse. Ces papiers à la fine dentelure de gaufrette, à la couleur crème, douce et moirée.
Autrefois les cours d'eau charentais étaient si purs que les moulins y poussaient comme des champignons. On y transformait des chiffons de lin, de chanvre ou de coton en feuilles merveilleuses, papier incomparable pour l'écriture, la gravure et l'imprimerie.

Il existait des maîtres-papetier et le papier s'est fabriqué à peu près de la même façon jusqu'en 1799 jusqu'à ce que Louis Nicolas Robert inventa la "machine à faire le papier d'une très grande étendue". Avant, tout se faisait à la main, des cuves aux meules : les fibres textiles étaient déchiquetées, on y ajoutait un peu de pigment et la pâte était recueillie dans tes tamis jusqu'à ce que l'eau fasse son ouvrage ; la feuille était ensuite mise à sécher dans des étendoirs. Il en va encore ainsi aujourd'hui dans certaines manufactures où l'art du beau papier perdure : on donne naissance au papier une fois l'eau retirée. Une véritable poésie.

Nul n'ignore le mot "vélin" qui fera la célébrité de la ville d'Angoulême.
Lorsque l'on parle d'écriture on évoque aussi le support : la feuille de papier ; celle qui reçoit les premières lignes tremblantes d'une main légère hésitante ou brusque, pressée d'en découdre avec le texte! qui n'a pas gardé le souvenir de ces premiers essais le coeur battant? tous ces mots : papier couché, buvard, calque, papier sulfurisé, papier pelure ou papier cigarettes et tant d'autres... Ce papier qui nous ramène aussi aux cahiers d'écoliers, aux odeurs des pages de livres scolaires mais surtout à tous les petits mots griffonnés, aux poésies, aux dessins aussi.

Une belle feuille de papier réjouit encore les enfants ; il s'y projette à sa façon, s'y place comme il veut : tout en haut ou serré à gauche. Certains préfèrent le côté lisse et doux d'une feuille d'autres veulent y trouver une résistance : qu'il y ait du répondant! La douceur face à l'affrontement...

Ce n'est que lorsque les lignes obligent à y "caser" les mots en bonne et due forme que les choses se gâtent! : il faut rentrer dans ces petites interlignes et accepter la règle calligraphique, bon gré, mal gré. Certains dépassent l'exercice, d'autres s'y heurtent : les dysgraphiques!

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 13:34

série de "fleurs" ou libre inspiration dans un atelier d'artistes...
"Nuées de pétales
Arrachés en tourbillons
Au vent de printemps.
Mais entassés un à un,
Fleurs de neige sur le sol."
Takeda Shingen

série de "fleurs" ou libre inspiration dans un atelier d'artistes...
"Nuées de pétales
Arrachés en tourbillons...
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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 10:15
"mother and child" Mikio Watanabe (gravure)

"mother and child" Mikio Watanabe (gravure)

"Je suis inscrit à un atelier de gravure" dit-il fièrement comme s'il voulait me montrer que, si son écriture n'est guère présentable, il a bien d'autres talents et que sa main n'est pas si "empotée" que cela!

Socrate tient l'écriture pour un simulacre -telle la peinture- qui fait prendre pour vraie et pour réelle la représentation de la chose et non pas la chose elle-même. L'écriture ne serait-elle donc qu'un artefact du langage? un langage mis noir sur blanc avec ou sans fioritures, avec spontanéité ou pas? où se cachent souvent bien des tromperies et des mensonges...

On peut soi-même s'interroger sur le sens que revêt son écriture sur le plaisir que l'on a à écrire et parfois même sur l'inconfort ou l'inhibition que l'on rencontre selon les périodes de la vie ; certains ne peuvent même plus toucher un stylo du jour au lendemain et s'en tiennent donc à la parole.

Je m'interroge sur le plaisir visible de ce jeune patient : "quand je grave, j'enfonce mon stylet et je laisse une belle trace, bien visible"... lui dont la pression est pratiquement évanescente alors qu'il est cramponné à son stylo au point de blanchir ses phalanges!

Ecrire "donne stature à la parole et la fait se tenir contre ce qui la menace en elle -l'eau, le sable, le vent...". Ecrire noir sur blanc pour ne pas oublier, pour ne pas s'oublier.

Sur la plaque de cuivre la trace s'inscrit en creux m'explique-t-il le plus sérieusement du monde. Cette trace qui s'imprime est semblable à un reflet.

Je pense à la gravure, au mot, au son, contraire de "gravir" ; c'est une descente en profondeur. Graver étymologiquement oscille entre -graphein- et -graben-, entre l'écriture et le creusement qui évoque un peu le côté sombre de la tombe.

On creuse pourquoi? pour trouver un trésor? les jeunes patients que je vois sont très souvent passionnés par l'archéologie, l'histoire, toutes les histoires ; on creuse pour trouver un secret enfoui, faire un trou, chercher la lumière ou la vérité. Pour creuser, même dans l'acte de graver, il faut de la volonté et engagé son bras, son corps, butter contre la résistance de la plaque, du métal.

Je l'imagine gravant son nom sur l'écorce des arbres ou dans un petit coin de mur pour qu'on ne l'oublie pas. On ne creuse jamais sans raison.

L'écriture est une matière sensible. "Le mot écrit se mêle si intimement au mot parlé dont il est l'image qu'il finit par usurper le rôle principal". (Saussure)

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 14:11
calligraphie Frank Lalou
calligraphie Frank Lalou

calligraphie Frank Lalou

entre le lisible et l'illisible...

Pour calligraphier il faut de l'encre, une plume et du papier ; pourtant on est bien loin de l'écriture! celle des apprentissages, celle de la cursive telle qu'elle est enseignée à l'école. Ici il s'agit d'art, de spirituel

 

Frank Lalou* l'exprime très bien dans ces quelques lignes "je n'étais pas un écrivain mais un calligraphe. Si j'avais passé tant de temps devant des feuilles de papier, ce n'était pas seulement pour exprimer en mots ma pensée mais surtout pour le plaisir pur et enfantin de tracer et tracer des lettres sur du papier. Le crissement de l'acier de la plume, l'âcreté des senteurs de l'encre, le velouté des vélins. Calligraphier me donnait une joie infinie, la sensualité qui accompagnait chaque expérience me comblait. Ecrire, par contre, exigeait un certain lot de souffrance, chaque page me coûtait énormément de labeur".

* Frank Lalou est "le" spécialiste de la calligraphie des 22 lettres de l'alphabet hébreu ; il vous fait découvrir aussi la calligraphie universelle, entre autres les traditions latine, arabe et chinoise comme une véritable voie de l'Être.

Regarde!

Dans le parchemin se lit chemin

Ose le voyage

A droite, à gauche

Tout droit? Peut-être!

Chaque chemin est un "peut-être"

Le risque est l'essence de la vie

Dans le parchemin tu liras chemin...

(Marc-Alain Ouaknin)

Dans la calligraphie des lettres hébraïques c'est presque un travail de tisserand : "avec les lignes et les lettres et les millions de va-et-vient de la navette des mots on tisse en quelque sorte des tapis de prière". C'est comme un exercice, un rituel, un mantra visuel.

Prenez d'abord du plaisir à ce que vous faites... je crois que dans toute activité il en va de même...

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.

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