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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 09:20
le dialogue malgré tout...

Dans le cadre d'un travail thérapeutique avec les enfants, on est en première ligne aussi avec les parents. Les situations familiales sont variées et pas toutes "classiques" : recomposées, monoparentales, séparées pour le meilleur et parfois aussi pour le pire... Au milieu? des enfants qui ont aussi à "composer" avec deux paysages.

Il y a des jeunes qui vivent dans un foyer où un père (exemple fréquent) présente des traits de caractère -pervers narcissique-. Il est difficile voire impossible de gérer un pervers narcissique, un seul système semble permettre de conserver une communication sans y laisser "trop de plumes" : l'assertivité.

Assertivité veut dire : oser s'exprimer, savoir dire non, savoir demander et savoir aussi se défendre! Car au quotidien, les échanges avec un pervers narcissique relèvent du parcours du combattant et il est préférable d'avoir des outils à sa disposition pour ne pas devenir fou.

Harold Searles a écrit un livre ô combien instructif concernant les Etats Limites dans lequel on pense aussi au pervers narcissique : "l'effort pour rendre l'autre fou"

Le pervers narcissique vous inflige presque à tous les coups un discours confus, agressif qui vous prend de front au moment où vous vous y attendez le moins. Tout est prétexte à l'attaque. Bref, il est vital de garder confiance en soi, tant pour conserver un échange cohérent que pour ménager l'enfant entre les deux parents. Le pervers narcissique oublie que s'il a des droits il a aussi des devoirs. Il n'en a cure! Il a besoin d'être sans cesse cadré car il ne connaît pas le mot "limites".

L'assertivité offre la possibilité d'être sur deux bases solides : l'affirmation de soi et le respect de l'autre. C'est un bon moyen de se garder de la colère et de la peur, armes habituelles du pervers narcissique.

L'enfant, hélas, est le premier au front car ainsi le père (ou la mère... mais c'est beaucoup plus rare!) garde la main sur la proie : la mère ; cette mère qui a eu l'outrecuidance et le courage de le quitter. L'enfant qu'on le veuille ou non est impliqué et risque d'emblée d'être instrumentalisé. Il faut très tôt ouvrir l'oeil pour contrecarrer l'influence néfaste et destructrice du pervers.

Théodore Yves Nassé, professeur en psychologie et expert auprès des tribunaux n'y va pas par quatre chemins : si vous ne quittez par un pervers, "l'enfant est presque perdu". La mère doit être un rempart : quoi de plus fort pour protéger son petit d'un père -pas fini- pour qui l'autre n'est qu'un objet et dont les frontières internes sont très incertaines...

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 12:49
eh oui... sacré tableau noir ou vert... on y écrivait avec une craie.... il y a si longtemps??

eh oui... sacré tableau noir ou vert... on y écrivait avec une craie.... il y a si longtemps??

Les "digital natives" ou les -enfants du numérique- sont-ils si différents de ce que nous étions nous, enfants des années cinquante?? Je ne sais pas quels adultes ils deviendront, pourront-ils accepter l'attente, eux qui vénèrent la déesse "impatience"... Que feront-ils de tous ces milliers d'amis qu'ils ont sur internet? Distingueront-ils le pixel de la réalité? Ces ténors du clavier qui se jouent de toutes ces "relations sans corps" : je t'aime, je suis ton ami sur tel ou tel réseau ; je ne t'aime plus (autrement dit je ne te kiffe plus... et encore à l'heure où j'écris peut-être y a-t-il une autre expression!), tu m'agaces, je te quitte! et hop! sur un clavier il y a une touche extraordinaire et magique : "supprimer". Besoin de personne : "je gère" comme disent certains.

"Il est souvent un peu loin dans ma tête, mon corps"... ce n'est pas ce qui amène un patient à consulter car la plupart du temps, il n'en a pas conscience. La crampe de l'écrivain est un phénomène bien étrange ; il ne s'agit pas d'une crampe mais plus exactement d'une tension ; une tension si forte qu'elle empêche le geste libre pour écrire sereinement. Tous ces "petits riens" du quotidien s'impriment si fort dans le coeur et le corps.

On peut s'interroger sur notre rythme d'aujourd'hui, celui que l'on scande à nos petits, sans cesse invités à se presser. Sans doute allons-nous trop vite, trop vite pour que la séparation soit vécue non pas comme une cassure mais comme un trait d'union. Le corps-à-corps des premiers temps de la vie doit être suffisamment long pour donner confiance à nos enfants. L'image du corps se perd si le petit enfant n'a pas reçu cette confiance à ce tout premier temps de sa vie.

Les tensions qui empêchent les enfants d'écrire vite et de façon lisible émergent parfois et se montrent, après de longues périodes où le corps s'est brouillé pour ajuster les adaptations rendues nécessaires par le stress, les états d'âme, les contrariétés, la tristesse et le découragement.

Le psychique s'inscrit dans le corporel : il s'y manifeste et sait le faire très subtilement. Les enfants que je vois verbalisent peu leurs émotions ; ils ont bien du mal aussi pour certains à utiliser le "je" pour exprimer quelque chose les concernant. François Roustang, psychanalyste, estimait que le seul vrai apprentissage au lâcher-prise relevait de l'éducation sensorielle.

"Il s'agit d'apprendre à percevoir le réel sur un mode qui ne doit rien à la connaissance intellectuelle, en nous branchant sur la multitude de perceptions auxquelles en temps ordinaire, nous sommes fermés : la voix de nos interlocuteurs, leur respiration, leur odeur, leurs gestes".

Un écran n'informe pas à ce niveau là!

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 14:14
sculpture de Jurga

sculpture de Jurga

Comment être présent et sentir ce que nous vivons pour de bon? Ce n'est pas si simple d'écouter ce que nous disent nos émotions. La rentrée scolaire est passée ; chacun-e l'a affrontée avec ses propres préoccupations, tant les parents que les enfants. Pour certains de mes patients, c'est avec difficulté et la peur au ventre qu'ils ont repris le chemin des cours.

Il suffit parfois d'un seul regard, d'une remarque : d'une personne ou d'un groupe pour que tout bascule. Les parents n'imaginent pas toujours la violence qui heurte de plein fouet leur enfant. On n'empêchera jamais chez certains : l'envie d'être plus, de dominer l'autre, d'être le "caïd". D'autres en font les frais : les plus faibles, les plus sensibles, les moins bien armés parce que mal à l'aise, timides ou discrets ; ceux qui ne savent pas s'engager pour dire oui ou non, pour dire simplement, pour être.

Il existe un livre "le harcèlement scolaire en 100 questions" d'Emmanuelle Piquet, fondatrice du centre Chagrin Scolaire : une aide précieuse tant pour lutter contre le harcèlement scolaire que pour informer.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 15:34
aller en classe? pfff pas envie!

BIen sûr les vacances c'était hier et on a encore la tête à la plage, on se traîne un peu même si la rentrée c'était super! Retrouver ses copains, se raconter l'été, c'est bien mais la nouvelle maîtresse n'est pas terrible... ou bien "j'ai récupérer le prof qui ne m'aime pas!"... ou "ils ne sont pas sympas dans ma classe et je ne connais personne"...

Certains franchissent le Rubicon mais d'autres se bloquent. Cela peut être le début de soucis car la morosité de la rentrée peut se transformer en incapacité à faire face à l'école, au collège ou au lycée. Que faire face à son enfant qui refuse purement et simplement de refoutre les pieds en classe! Le traîner de force? lorsque votre grand ado qui vous dépasse d'une bonne tête met la poudre d'escampette, difficile de le traîner jusqu'au lycée! Il faut être vigilent et surveiller les absences car s'il ou elle "sèche" à répétition, cela marque un certain rejet et dans tous les cas une difficulté à faire face soit au prof, soit au regard des autres, soit à l'angoisse de ne pas y arriver, soit à entrer dans le cadre... Le processus d'autonomisation des enfants passe par de constants va-et-vient. Il est normal qu'ils s'échappent et reviennent se réfugier à la maison mais il faut veiller à ce qu'ils repartent et dépassent leurs inquiétudes.

La confiance n'est pas donnée, elle se conquiert : en acceptant la séparation, en maintenant le dialogue, en posant des balises.

Mes jeunes patients sont souvent vent debout face à la rentrée scolaire : c'est trop pour eux et l'anxiété les ronge. La moindre contrariété peut les faire chavirer et leur mettre la peur au ventre à l'idée de reprendre le chemin des cours. Avant de les déscolariser (certains parents y pensent tant le refus d'aller en classe devient phobique) et leur accorder de ne plus quitter leur tanière, il est important de penser à tout ce que cela peut entraîner : une plus grande solitude, un isolement certes réconfortant dans un premier temps mais vite problématique et surtout le risque de se retrouver hors jeu socialement. Le refus d'aller en classe doit alerter et doit être pris au sérieux ; c'est souvent le clignotant qui révèle un mal être plus profond, plus sournois ; consulter est nécessaire et souvent salvateur. Trop d'anxiété, trop d'émotion, la peur du regard de l'autre et du jugement, la crainte de ne pas être à la hauteur signent souvent le portrait d'un jeune précoce, d'un jeune déprimé, dans tous les cas d'un enfant qui a besoin d'aide. Ce n'est pas toujours un problème de compétences intellectuelles, bien au contraire ; il s'agit plutôt d'une question d'harmonie qui fait des "couacs"! leur chimie cérébrale en lien avec l'émotionnel ne fonctionne pas bien. Il y a des symptômes qui doivent alerter ; parfois l'écriture est l'unique avertisseur qui permet de découvrir d'autres indicateurs de mal être. Il est important aussi de prendre conscience qu'on ne les remet pas "en piste" en 1 mois ou 2... le travail est parfois long pour les remettre en route!

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 11:49
la rentrée.
la rentrée.

Eh oui, c'est reparti pour un tour. L'écriture fait rapidement parler d'elle, dès le départ... à peine le temps de souffler comme si cela était irrémédiable. Pourtant les apprentissages suivent un processus naturel que bien souvent nous mettons à mal ou sabordons au nom de l'efficacité et de la rapidité.

Un enfant qui écrit mal est un enfant qui a mal en écrivant (un adulte aussi). Il ne s'agit pas d'avoir une vilaine écriture, trop petite ou trop grande, pattes de mouches ou autre mais bel et bien d'être crispé sur son stylo au point d'en avoir mal aux doigts, au poignet ou au bras.  A partir de là, plein de questions se posent pour comprendre ce que la main dit et que la bouche tait, ce que les yeux fuyants ou le visage crispé tentent de partager mais qui n'arrive pas jusqu'au bout des lèvres.

"j'écris trop vite" (qui est faux la plupart du temps) car l'enfant confond vitesse et empressement, saccades et rythme. Un rythme bien construit permet de relâcher un peu la pression et de libérer la tête. Le coeur qui s'affole, l'esprit qui vérifie tout et tente de garder le contrôle quoi qu'il arrive sont autant d'éléments à prendre en compte pour alléger la main et la détendre, et par conséquent reprendre son souffle avec confiance.

Pour certains la rentrée scolaire, les apprentissages, les notes et l'acceptation de suivre des règles, chargent la barque et parfois dès les premiers jours, ils coulent ; l'écriture n'est souvent que le prétexte, que le hublot qui permet de jeter un oeil et d'apprécier l'étendue des dégâts.

Mon jeune patient arrive en traînant les pieds et en soupirant ; un brin théâtral il lance "ah... la vie... c'est tragique, vous ne trouvez pas"? La formule donne une dignité quasi philosophique à un constat très automnal! On pourrait être tenté d'en rire mais parfois difficile d'en avoir encore le pouvoir. Le "je ne veux pas grandir" arrive souvent très vite dans les premiers échanges, suivi d'un "j'ai peur". "Mes parents disent que je dois apprendre à m'aimer!"... C'est bien sûr nécessaire d'être bien avec soi-même, en revanche le plus important n'est-il pas de partager cette découverte avec l'autre? Le bonheur n'est pas accessible sans cet autre, y compris en classe ou dans la cour de récréation!.

Soutenir un enfant qui écrit mal est un moyen de l'amener à prendre conscience de lui-même. Les séances ont une forme, un cadre précis, une sorte de routine, des habitudes qui peu à peu ouvrent des portes et font entrevoir des ressources inespérées!. Ecrire se fait instinctivement : on met des mots sur des émotions, un scénario de vie, un ressenti fait de craintes, d'excitation, d'emballements ou de retraits. Le travail thérapeutique ne guérit pas toujours mais permet de repérer des schémas et de les comprendre. Chacun sa feuille de route! On apprend un autre langage et ce qui se joue n'est pas forcément ce qui se voit. Mes patients connaissent de grandes exaltations mais aussi de grandes resdescentes, tout  aussi rapides qu'imprévues. Il est nécessaire d'investir sa vie pour aller de l'avant. Autant le faire le coeur léger avec confiance.

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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 09:53
sculpture de Jurga

sculpture de Jurga

Ce matin les cloches de l'église sonnent tristement une messe d'enterrement. Devant moi une grand-mère avec son petit garçon, d'à vue d'oeil, 8-9 ans. Il s'étonne : "mamy pourquoi les cloches ne sont pas gaies ce matin?" ; sa grand-mère lui explique qu'une personne est partie! : ce sont ses funérailles! Funérailles... quel drôle de mot dit-il, un peu surpris = "il ou elle est morte, c'est ça mamy?". "oui".

Le dialogue me fait penser à un de mes jeunes patients (eh oui! même en vacances...) estampillé précoce et qui lors de notre premier rendez-vous était arrivé en brandissant son Q.I comme un étendard! puis... en ajoutant "maman m'a dit que j'écrivais mal parce que je lisais bien et que je réfléchissais trop!". Et d'ajouter : "je préfère lire, c'est plus facile quand j'ouvre le livre pour lire les premiers mots alors que les écrire...". Parti sur sa lancée il était ravi de me dire tous les mots qu'il découvrait au fil de ses lectures ; le dernier en date "funérailles"! et celui-là, avait-il ajouté, n'est pas rigolo du tout. Il y avait beaucoup réfléchi précisant que cela lui arrivait souvent et l'empêchait de dormir... ou d'écrire car perdu dans ses pensées sa main oubliait le fil des mots. Et puis ce mot, funérailles, lui flanquait la trouille. Imaginer que ceux qu'il aime pouvaient mourir un jour... c'était effrayant.

Il est fréquent que des enfants jugés "à haut potentiel" rencontrent des soucis avec leur écriture. Leur cerveau mouline plus vite que leur main et en dépit d'une intelligence pétillante leurs résultats scolaires ne sont pas toujours à la hauteur de leurs compétences. Plus on travaille avec ces enfants plus le mot -souffrance-résonne et plus on découvre à quel point ils sont très souvent plus anxieux que les autres. La mort est bien et bien un grand sujet d'inquiétude.

A force de réfléchir parfois on s'égare et on finit par ruminer les mêmes choses ; la rumination finit toujours par nous débiliter! Ce n'est que lorsque le cours des pensées s'arrête d'épuisement qu'il peut laisser place au ressenti. Mais mon jeune patient a vite repris ses questionnements : "si moi je me perds dans mes pensées, vous aussi?" et comme ça m'agace très vite... "vous le serez aussi... agacée?"... "et même que parfois je suis très triste... alors... le serez-vous aussi?".

Comment lui expliquer, sinon lui dire simplement qu'en fait lorsqu'un patient souffre, je n'ai pas à souffrir avec lui ; ça ne l'aiderait en rien, bien au contraire! On peut être auprès de quelqu'un qui souffre sans éprouver ce qu'il éprouve. Nous voilà revenus au mot "funérailles"en lien direct avec la séparation, l'absence et le temps qui s'écoule sans que l'on puisse le retenir.

Très sérieusement il me parle de son vieil oncle "machin" : dans sa paroisse, il aide les gens tristes à des funérailles! "quel drôle de boulot" ajoute-t-il. "Etre avec des personnes tristes sans l'être... ça doit être compliqué... ou alors dit-il "peut-être qu'il faut aussi être triste dans son coeur". Sa réflexion m'interpelle : oui, il me semble que la réclusion sur la souffrance anéantit tout espoir d'ouvrir les fenêtres en grand pour que l'air s'y engouffre! C'est le choix de la mort plus que de la vie, même en considérant que c'est par amour pour son prochain et que l'on touche à la vie éternelle!  La vie est mouvement, couleurs, parfums, rencontres, rires... espoir. Le gamin poursuit son raisonnement : "mais comment trouver les mots pour réconforter?". Bonne question, les mots! Comment savoir s'ils seront justes ou pas, trop ou pas assez. Parfois je crois que faire silence apaise ; rester silencieux signe sans doute notre incapacité mais peut aussi bien atténuer la peine. Etre juste présent, accompagner. C'est aussi un travail thérapeutique : prendre du champ pour accompagner un patient, se taire, acceptant -et cela arrive- que peut-être je ne pourrai pas l'aider de cette façon, en lui parlant ; c'est là, le travail graphothérapeutique, s'en remettre au corps, au ressenti ; retrouver une respiration nouvelle et faire confiance à la vie. Dans tous les cas, je choisis la vie!

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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 11:57
et si tout commençait dans le ciel...
et si tout commençait dans le ciel...

Tout commence en regardant les étoiles ; le soir je m'endors en observant l'étoile directement dans mon champ de vision -elle apparait dans un petit coin du 2ème carreau de la fenêtre- ; la fixité, la brillance... j'ai l'impression qu'elle bouge et s'amuse à changer d'apparence.

Les enfants aiment très tôt regarder le ciel ; ils s'émerveillent de toutes ces petites lumières si étranges qui éclairent un si vaste univers. Pourquoi est-ce ainsi? il y a tant de questions qui jaillissent de la bouche des enfants. Il y a ce qui change, ce qui demeure et ce qui revient toujours.

Les philosophes de l'Antiquité se partageaient en deux courants ; certains pensant que tout changeait sans cesse et que la permanence des choses était un vain mot ; et les autres pour qui le changement ne comptait pas = il n'est rien vu que la seule chose qui ne change pas est le changement!

Je regarde autour de moi, à la plage, au restaurant, en courses et je vois des parents en solo avec leur ou leurs enfants. C'est dans l'air du temps sans doute, peut être même la norme de notre société ; je pense à certains de mes jeunes patients mais aussi à mon petit fils qui tout jeune déjà s'est vu passer d'un foyer à l'autre sans avoir son mot à dire. La seule chose qui ne change pas en effet est le changement. D'une vie à l'autre, d'une mère à un père, d'un lieu de vacances à un autre, d'une région à une autre, etc, etc... Dès le départ ces enfants voient double! Tout irait pour le mieux malgré tout si les parents y mettaient du leur... ce n'est pas toujours le cas et ce sont les enfants qui doivent prendre sur eux face au changement.

Certains patients sont des adeptes du sur-contrôle tout au long de l'année ; difficile pour eux de se détendre un peu pendant les vacances surtout lorsqu'ils sont très jeunes. A chaque changement il leur faut retrouver les marques quittées la veille pour s'adapter à de nouvelles à condition que le parent du moment ne s'emploie pas à pratiquer la "terre brûlée".

"Avec mon père, je ne peux faire cela!"... "avec ma mère, je mange ça ou ça"... L'ombre et la lumière sont changeants. Je constate très souvent à quel point ces enfants de parents séparés sont capables de cloisonner une vie comme s'ils empruntaient des couloirs différents selon les périodes : 15 jours ici, 15 jours ailleurs...double jeu pour le quotidien, double jeu pour les manques. Ils deviennent vite muets dès lors qu'il leur est demandé de -mettre dans un coin de leur tête- leurs souvenirs, leurs émois avec tel parent. C'est ce bouclier de protection qui parfois les rattrape et bloque tant leur corps que leur coeur.

Il y a des pauses heureusement... regarder un ciel étoilé un soir de vacances. Prendre le temps. "Ce qui donne sens et valeur à la vie humaine, c'est la contemplation de la Nature, et c'est grâce à cette contemplation que -chaque jour est une fête pour l'homme de bien-".

 

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 15:24
la pratique de tout art...

La pratique d'un art, quel qu'il soit exige de la discipline. Sans ascèse nous n'excellerons en rien. La concentration est une chose nécessaire à la maîtrise d'un art. Pourtant la concentration est de plus en plus mis à mal dans notre société où nous sommes tous embarqués dans une foule d'activités, dispersés et parfois confus. Je n'ai qu'à écouter mes patients et leurs parents ; "il n'arrive pas à se concentrer, il est tout le temps distrait ...". Nous faisons tous plusieurs choses à la fois! Parfois ce manque de concentration nous dit avant tout à quel point cela nous est difficile d'être seul avec nous mêmes. Certains patients s'agacent vite, obligés d'être attentifs à eux-mêmes ; ils sont vite agités, fébriles, voire angoissés. D'autres se laissent porter par leurs pensées, leur emploi du temps à venir...ce qu'ils vont faire le lendemain, etc... et enfin, il y a ceux qui parlent... incapables de se taire et d'être dans le silence.

La patience est aussi très sollicitée ; elle est même indispensable. On n'apprend pas un art en 2, 3 cours rapides. Il faut s'accrocher pour ne pas céder à la facilité et ne pas baisser les bras en cours de route. Tout est conçu pour aller vite et ne pas lambiner.

Il faut du temps avant de se lancer ; on contourne, on tâtonne, on expérimente, on se "plante" aussi ; il arrive même que l'on fasse des exercices, des gammes, avant d'entrer dans le vif du sujet. Cela fait partie du jeu.

On en revient à ce mot un peu haï par les jeunes : la discipline! ils la confondent souvent avec autre chose : une obligation, une contrainte qui leur imposée de l'extérieur alors qu'il en va tout autrement. La discipline peut être plaisante ; elle est alors le reflet de nos choix et de notre volonté. C'est là toute la différence. Dans les apprentissages, il est souvent plus facile de faire "comme si" ; certains s'emparent de la nouveauté, d'une technique, d'un cours sur telle ou telle matière à toute vitesse : le contenu est pré-digéré et le résultat "plaqué". Je pense à un jeune adulte incapable de faire l'effort de comprendre la grammaire, l'orthographe et utilisant le minimum de mots dans la conversation = "trop de règles!!"... il s'était mis à saupoudrer la conversation de mots très différents de son vocabulaire habituel, juste pour -faire savant- et impressionner : "ce n'est pas un copain... je lui ai dit : arrête de faire des sophismes cela m'agace".... Sophisme?? A n'en point douter il venait d'apprendre ce mot et l'employait sans cesse espérant ainsi dominer la communication... et moi, assise en face de lui. Il s'attendait sans doute à ce que je lui demande s'il comprenait bien le sens de ce mot! Sophisme... argument trompeur... c'est le moins que l'on puisse dire... Mais sait-il qu' Aristote a le premier traité des sophismes? qu'il y a des sophismes déductifs et inductifs?? Qu'importe.

Tout cela pour en arriver à la conclusion : qu'il n'y a pas de recette magique, de mode d'emploi. A chacun de trouver et d'emprunter son chemin pour son compte propre : cela demande discipline, concentration, efforts et amour.

Celui qui ne sait rien, n'aime rien. Celui qui n'est capable de rien ne comprend rien. Celui qui ne comprend rien est sans valeur. Mais celui qui comprend, celui-là aime, observe, voit...Plus on en sait sur une chose, plus grand est l'amour... Qui imagine que tous les fruits mûrissent en même temps que les fraises ne sait rien des raisins. Paracelse.

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:00
une maltraitance sans trace

Lors du premier entretien en vue d'une prise en charge thérapeutique, je vois plus souvent les mères que les pères : "il n'a pas le temps... vous savez... c'est moi qui gère les rendez-vous". Mais il arrive aussi qu'ils soient présents et s'expriment concernant les difficultés de leur fils ; ce qui est toujours intéressant et même révélateur du comportement de leur enfant. Les problèmes scolaires, les problèmes de communication, la place à la maison dans la fratrie ou au sein du couple, l'histoire de l'enfant depuis sa naissance... tout est évoqué et souvent en lien avec les traits de caractère des parents, des frères et soeurs s'il y en a.

On dit que l'on travaille bien en thérapie lorsque l'on a accès à 3 générations ; c'est vrai et cela éclaire bien souvent sur les soucis rencontrés au niveau des descendants. N'oublions pas que les parents sont d'anciens enfants!

Ce jour là, un père fait part de son questionnement face aux difficultés de son fils qui écrit mal et qui n'est pas attentif en classe, "glande" et "n'en fout pas une"! à une remarque écrite sur le livret de son ado : "a besoin d'être cadré"... Subitement le ton monte : émotionnellement cela fait référence aux remarques de son propre père et visiblement le plonge dans une grande colère. Quelle idée d'être venus consulter pour "ça"! Encore une idée de sa mère!! lance-t-il pour justifier son mécontentement

Voilà que l'on reparle de cette histoire d'autonomie! Serait-il responsable, à son tour, des difficultés de son fils à trouver sa place et à avoir confiance en lui??

C'est un bon démarrage pour une réflexion thérapeutique! Mais c'est compliqué car lorsque l'on travaille avec de jeunes patients, il faut aussi écouter les parents sans pour autant être intrusif. On ne peut que tendre l'oreille, hocher la tête, reformuler et les amener à poser des liens en faisant le tri dans leurs souvenirs et leurs émotions.

Dans une saga familiale il y a des pères qui à leur tour pèsent de tout leur poids sur l'autonomie naissante de leur fils, surtout à l'adolescence ; ils rejouent ainsi la pièce qu'on leur a jouée au même âge, inconsciemment.  Parfois cela va très loin et ils se retrouvent aussi en position de force ; les voilà à leur tour avec le pouvoir et l'art de détruire ce qui rend heureux, ce qui donne confiance en soi, ce qui fait que l'on a envie de se lancer dans l'aventure de sa vie de jeune adulte.

Certains pères ne supportent pas, par exemple, que leur fils réussisse mieux qu'eux. Ils se doivent d'être "au-dessus" en toute situation. Ils sont l'exemple ; ils sont la référence, presque le -mâle dominant-. Cela peut poser problème dans la vie professionnelle du fils qui ne s'autorisera pas à faire des études plus poussées, à gagner plus, à être "meilleur". Parfois aussi cela peut briser une vie d'homme qui ne trouve aucune compagne digne du père! C'est ce qui fait naître de futurs manipulateurs. On ne naît pas pervers, on le devient.

Ce fils qui rencontre des difficultés dans ses réalisations scolaires... ???Ce n'est pas acceptable "c'est de la faute de sa mère! elle le couve trop!" ;  cela les renvoie à la relation qu'ils ont eue à leur propre mère, la plupart du temps non aisée. Ils s'acharnent alors sur la mère de leur enfant et sur l'enfant : surtout un fils. Les remarques sont souvent désagréables et la relation toxique ; tout est fait pour rabaisser tant la mère que l'enfant.

Très vite l'intérêt et l'empathie affichés pour les problèmes du fils s'évaporent pour montrer la réalité du conflit. C'est souvent violent et secret ; ce que j'appelle "une maltraitance sans trace".

Tout cela se joue dans mon bureau, à partir d'une toute petite remarque et cela créé très rapidement de fortes turbulences. Heureusement parfois, c'est l'amour qui prend le pas sur la colère ; la demande d'aide ainsi que le symptôme qui amènent à consulter sont entendus ; hélas aussi il arrive qu'il n'y ait aucune suite et pas de prise en charge car le père ne peut le permettre

C'est là aussi la source des difficultés du fils : la peur de mal faire, la crainte de s'inscrire et d'être le fils de... la peur aussi de contrarier ce père tout-puissant. C'est ce que raconte l'écriture empêchée...

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 10:08
Le plongeur paper pool David Hockney
Le plongeur paper pool David Hockney

Le plongeur paper pool David Hockney

Juste un rappel : un travail thérapeutique est une partie qui se joue à plusieurs! : le thérapeute, le patient, son inconscient et les troubles qui l'ont amené à consulter. Et voilà! tout le monde est embarqué dans le même véhicule.

Un jeune qui souffre de troubles de l'écriture se bat contre un symptôme : un surplus de tension qui empêche la libre inscription de l'écriture ; c'est la porte d'entrée. Une fois le seuil franchi, d'autres manifestations psychosomatiques se révèlent, bon gré mal gré. Un patient se bagarre toujours, quel que soit son âge contre une force intérieure et inconsciente qui l'invite à faire bon ménage avec ses douleurs plutôt qu'à se risquer à franchir une porte sans savoir ce qu'il y a derrière.

Les enfants qui consultent parce qu'ils n'arrivent pas à écrire vite et bien le font parce qu'ils ont pris conscience que quelque chose d'autre clochait ; c'est ce qui les amène à demander de l'aide et à s'impliquer dans une cure thérapeutique.

Il est nécessaire qu'ils se sentent concernés mais souvent, en dépit de leur désir d'être aidés, certains ressentent une grande peur ; il faut alors de prendre le temps de ne pas les bousculer car inconsciemment c'est le corps qui va traduire la crainte de faire face à ce qui ne va pas. J'ai souvent des jeunes patients qui tombent, se cassent le poignet, un bras voire un pouce : petit clin d'oeil "pouce! s.v.p"... ce qui pointe précisément l'objet de leurs tourments : "je me suis cassé le bras... je ne peux plus écrire!"...

Un vent de fronde souffle d'un coup. Et si cette aide allait mettre en péril ma belle organisation, le contrôle qui m'anime et sans lequel j'ai peur de tout ce que je ne connais pas?? et si cette tension continuelle me quittait?? "et si en me faisant aider j'allais aimer l'école??". Entre garder et relâcher, que choisir? Il faut comprendre ce qui se passe pour rétablir l'équilibre.

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.

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