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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 15:58
un temps qui s'étend...

Dans ma pratique thérapeutique mes patients n'ont pas trop envie de grandir... qu'ils aient 8 ans ou 16... voire 20 ans, le problème est là et l'adolescence devient un temps qui s'étend de plus en plus. Bien sûr les perspectives professionnelles ne sont pas enthousiasmantes surtout chez des jeunes naturellement plus anxieux que d'autres. Tout est prétexte à freiner des quatre fers! Plus âgés ils quittent moins vite le foyer familial ; les difficultés matérielles retardent l'autonomie : partir oui... mais comment faire? Ils sont contraints de rester chez leurs parents et ce n'est pas simple. D'où des sentiments de désespérance, d'anxiété, des troubles de l'estime de soi et de grands moments de doute.

Certains de mes "grands" patients... sont bien embarqués dans leurs études mais parfois ils sont dans "le pot au noir". En bateau on utilise ce terme lorsqu'il n'y a plus de vent : on est bloqué et il faut attendre que la voile se gonfle à nouveau! ça peut durer longtemps! Le lien avec l'extérieur se cantonne souvent au virtuel : les jeux en ligne, les réseaux sociaux. Une façon comme une autre de s'anesthésier... une autre période de latence où plus rien ne bouge. J'entends souvent, lorsqu'il leur est possible de parler un peu d'eux : "j'ai peur... la réalité est dure à affronter". Ce ne sont pas ceux qui s'agitent le plus, vocifèrent ou font les quatre cents coups qui vont le plus mal ; je suis plus inquiète pour ceux qui ne parlent pas : les crises sont alors silencieuses et le désespoir muet.

En cette fin d'année scolaire, je souhaite que les vacances leur soient douces et apaisantes ; je ne peux empêcher certains de s'inquiéter déjà pour la rentrée au point d'en oublier l'été!

Difficile de leur dire que cette période de leur vie n'est qu'une crise à passer ; c'est sans doute le prix à payer pour que la chenille se métamorphose en beau papillon. Se pointent à l'horizon les rencontres, l'amour, la vie sexuelle et en contre-partie le risque de séparations, des peines de coeur... tout ce qui fait mal et qui fait que les sentiments, ce n'est pas du gâteau!

C'est ainsi que l'on quitte l'enfance pour aller vers sa vie d'adulte et il faut bien en passer par là. "Zèbre ou ne pas zèbre" pour paraphraser un de mes jeunes patients ; l'humour est souvent un bon moyen de tenir le coup! Le déni aussi, mécanisme de défense puissant ; il touche parfois aussi les parents qui font l'autruche pour se rassurer : "tout va bien, c'est juste son écriture qui flanche!" Les parents ne doivent pas banaliser la souffrance psychique de leur enfant, ni tenter d'y apporter des explications rapides, simplistes. Je leur dis souvent qu'au lieu de questionner leur jeune, de vouloir à tout prix obtenir des explications avec des "pourquoi" incessants il est préférable de leur montrer qu'ils -voient- que quelque chose cloche : "tu n'as pas l'air bien... tu sembles bien triste en ce moment... tu es tendu, tu ne trouves pas?"; "on s'inquiète pour toi, parce que nous sommes tes parents...".

Dans la mesure du possible et dans le cadre où tout le monde est d'accord, je vois de préférence les deux parents ; l'idéal est qu'ils soient ensemble convaincus du bien fondé de leur démarche (souvent à l'initiative d'un seul parent) ; bref, ce n'est pas toujours simple.

Pourtant rien n'est anodin ; passé le constat d'une difficulté à l'écriture d'autres troubles sont évoqués plus ou moins prégnants : une crise d'angoisse, des migraines à répétition, de l'eczéma, des troubles du sommeil : le corps parle, il protège notre Moi de la souffrance ou de trop de douleur morale. Il s'agit par conséquent de se retrouver dans un corps, un bras, une main qui trace ; se retrouver dans son corps quand on en a perdu le mode d'emploi. L'écriture n'est alors qu'une perche tendue qui raconte notre histoire. Car c'est souvent en explorant l'histoire affective d'un patient que l'on augmente ses chances de guérison. C'est de manière très progressive que l'on peut retricoter ensemble le corps, les mots et les émotions qui donnent sens à ce qui est ressenti petit à petit.
Les troubles de l'écriture sont des troubles d'origine psychosomatique et nous pouvons tous avoir une maladie somatique ; la somatisation résultant d'un processus traumatique de "démentalisation". Le trop-plein émotionnel se déporte alors sur le corps.

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 09:42
mains négatives et positives -grotte d'Altamira-  Plisson -reflet métallique-
mains négatives et positives -grotte d'Altamira-  Plisson -reflet métallique-
mains négatives et positives -grotte d'Altamira-  Plisson -reflet métallique-

mains négatives et positives -grotte d'Altamira- Plisson -reflet métallique-

"Je dessine ma main"! comme pour faire connaissance avec elle en contournant chaque doigt de façon un peu large et maladroite.

Eh oui, à l'origine était le geste! On garde la mémoire des premières traces dans notre corps et dans nos gestes ; c'est ainsi. Lorsqu'un enfant trace il n'est pas occupé à reproduire telle ou telle chose, il est juste absorbé par un mouvement du corps qui ne provient pas du désir de dessiner ce qu'il voit. Cela vient du plus profond de lui-même ; c'est pulsionnel et c'est pour cela que c'est si compliqué lorsque l'on est désespérément "coincé" dans la maîtrise de tout geste. La main se lance en lien avec un monde interne fait de lâchage et de retenue, de calme ou d'excitation : c'est ce qui rend le geste tranquille, souple ou saccadé, hésitant, violent.

Dans différentes grottes préhistoriques les archéologues ont pu observer des dessins d'animaux, des scènes de chasse, des corps humains mais aussi des traces et des empreintes de mains. Quel que soit l'endroit du globe, les traces apparaissent, isolées ou bien superposées à des représentations d'animaux ou de personnages.

La trace serait-elle un geste hérité des premiers hommes? mémoire acquise de l'espèce que l'on retrouve dans chaque enfant qui prend possession d'un espace et laisse aller sa main sur une grande feuille blanche. C'est en quelque sorte une façon de s'affirmer en y incluant de l'impulsion.

Le geste qui consiste à dessiner sa main, l'apposer sur une feuille est une façon inconsciente de projeter son identité : "je trace et je suis"... depuis des millénaires.

C'est pourquoi la trace est le matériel de travail essentiel en graphothérapie clinique. Le dessin, c'est autre chose car lorsqu'un enfant commence à dessiner il met en image son aptitude à symboliser. Lorsqu'il lui est demandé de laisser aller sa main librement, c'est une toute autre affaire!

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 08:17
pas question de lâcher!

et pourtant nous voici à la fin de l'année scolaire... Il y a des parents inquiets parce que leur enfant a "relâché" ses efforts en fin de trimestre ; les résultats scolaires s'en ressentent et les avertissements pleuvent. Bien des soirées tournent au drame, lorsque parents et enfant se mettent au travail et passent en revue les devoirs, les leçons. Il y en a toujours un qui craque : parfois la mère, lorsque le père invite à -lâcher- un peu le gamin... soit le gamin qui n'en peut plus d'une telle pression. Certains pères voient juste : après tout, l'année ne s'est pas trop mal déroulée... et puis il y a sans doute une raison... ce à quoi une mère peut répondre :" vu l'heure à laquelle tu rentres tous les soirs, ça te va bien! on voit bien que ce n'est pas toi qui l'aides à faire son travail!". Et voilà l'annonce d'un pugilat annoncé! Tout le monde revient à la case départ. Un enfant qui ne travaille plus en classe inquiète et le laisser décrocher n'est pas la solution. Tout cela amène à des réflexions, des interrogations et c'est ainsi que certains parents prennent aussi conscience de leur degré d'anxiété ou de leur besoin de tout contrôler, de faire bien pour que tout "roule".

Parfois oser lâcher de ce "tout roule" qui étouffe l'enfant et les parents permet de redonner un peu d'oxygène à la vie familiale mais lâcher des habitudes que l'on a depuis toujours et qui sont directement en lien avec des émotions n'est pas chose facile.

Une mère peut tout à fait comprendre que parfois elle est en effet très exigeante : à un moment son enfant ne se sent plus à la hauteur de telles exigences. Pourtant, c'est plus fort qu'elle et elle va s'agripper encore plus à ce qui lui semble être la seule solution et qui d'ailleurs a fait ses preuves, ne serait-ce qu'avec elle, lorsqu'elle avait le même âge!

Un enfant qui aborde l'écriture, dès le CP, avec beaucoup d'anxiété est celui qui peut rencontrer une difficulté avec les apprentissages, notamment l'écriture. C'est le corps qui va parler et dire ce que la bouche ne peut expliquer. Au passage en CE1 ou CE2 c'est pire et que dire de l'arrivée en 6ème!

La graphothérapie clinique est un travail de relaxation avant tout ; il prend en compte le corps engagé dans la trace pour ramener un enfant à des sensations qu'il a "oubliées"! Ni questionnement intrusif, ni -enquête- (sinon auprès des parents pour mieux connaître l'histoire de l'enfant), ni jugement, ni solution, ni interprétation personnelle : juste une attention qui prend au rebond les mots de l'enfant en écho avec lui-même. L'enfant s'il le souhaite parle de lui en son nom et comprend ainsi que personne n'a de solution miracle, personne n'a à le convaincre de quoi que ce soit, ni même à donner des réponses parfaites!

C'est un accompagnement, un étayage présent et discret et surtout indéfectible dont l'objectif est de renforcer la confiance chancelante de l'enfant dans ses facultés.

Un enfant qui présente des difficultés à l'écriture est un enfant en souffrance. Il est parfois abattu ou furieux, mutique ou bavard, non concerné ou trop investi. Il n'est pas question de lui donner raison ou tort mais d'essayer de reconnaître son point de vue comme étant le sien. C'est ainsi et c'est son vécu au quotidien.

Une parole se doit d'acquérir du sens. Les jeunes qui consultent sont très souvent privés du sens de leurs paroles ; des phrases tombent, comme cela, comme "un cheveu sur la soupe" : exemple "j'ai pleuré en classe"??? Rien de plus... comme s'il leur était impossible de relier les larmes à une émotion qui les a fait naître. Au fil du travail thérapeutique il s'exercent "à être" : entraînement à l'intérieur de soi pour que à l'usage le jeune accède à plus d'autonomie. Cet entraînement touche à une attitude : celle du corps.

Je suis toujours surprise de leurs réponses à cette simple question : "qu'est-ce qui t'intéresse en classe, ou lorsque tu as du temps de libre??" Bien souvent il n' y a pas de réponse. Non pas qu'il n'y ait rien eu d'intéressant mais très souvent il leur est difficile de se remémorer ou de se centrer sur ce qui a pu retenir leur attention : ils n'y sont pas! Parfois l'émotionnel est tel qu'ils oublient tout ce qu'ils ont appris! "je suis complètement perdu...j'ai tout oublié".

L'écriture non "présentable" n'est alors qu'un signe qui alerte du mal être psychique d'un jeune. Et c'est pour cela qu'il est important de les aider dès qu'ils perdent pied.

"J'aimerais libérer ton esprit, mais je ne peux que te montrer la porte ; c'est à toi qu'il appartient de la franchir"...

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 12:43
sculpture de Robert Bradford ou comment utiliser des éponges métalliques...

sculpture de Robert Bradford ou comment utiliser des éponges métalliques...

"Je suis poreux"... première phrase d'un ado lors d'un premier contact... Il éclate de rire et ajoute "spongieux" = j'absorbe tout!

"j'écris mal et je suis poreux... pourtant j'aime écrire à la main plus que sur mon ordinateur". Ecrire à la main engage une personne dans ce qu'elle a de plus intime et surtout cela -reste- contrairement à un texte tapé sur clavier : hop! un clic et tout s'efface! Même si par ailleurs certains qualifient leur écriture de "moche"ils n'hésitent pas à écrire, à avoir une correspondance, dès lors qu'ils peuvent écrire à leur rythme, tranquillement. Tous ne rêvent pas de jeter feuilles et cahiers par-dessus bord! bien au contraire. Les filles, plus spécifiquement aiment choisir de jolis papiers, des supports colorés ; le choix du stylo est également intéressant : plume ou bille, précieux ou jetable, encre bleue ou noire etc... Pour être honnête il y a plus de garçons qui rencontrent des soucis d'écriture (il y a des filles aussi mais en consultation, on voit plus de garçons).

Pourtant écrire n'est pas une question de volonté, même si sans cesse des parents y font référence ; bien des jeunes s'accrochent désespérément et s'appliquent ; les efforts ne sont pas toujours repérables au premier coup d'oeil ; plusieurs fois par jour ils se sentent submergés par leurs émotions ; la seule solution à ce qui est perçu comme un problème est le contrôle. Ils rêvent d'éliminer l'imprévu à tout jamais! le pire étant bien sûr la mort. La feuille blanche de leur cahier n'est pas toujours un terrain de jeux ; au premier regard elle angoisse, créé des sueurs froides et génère du stress : difficile d'expliquer cela à un prof!

Le "je suis poreux" est déjà un aveu et en soi une prise de conscience. Prêter attention à ce qui l' "imbibe" malgré lui permet de redresser la barre pour ne pas couler. Le désarroi est bien planqué derrière l'humour. Je suis toujours étonnée de rencontrer des gamins aussi anxieux en dépit de ce qu'ils donnent à voir ; le climat scolaire est-il si angoissant? la famille  l'est-elle aussi? Le monde qu'on leur propose n'est sans doute pas aussi attirant qu'ils le souhaiteraient et visiblement il ne calme pas leurs angoisses de séparation.

Des ados, des jeunes adultes se plaignent de toutes ces émotions qu'ils prennent en pleine figure pourtant ils sont incapables de se pencher sur les leurs! Tout reste confus et le carcan ne lâche pas ; l'idéal du moi reste bien oppressant.

La graphothérapie clinique prend en charge des patients qui ont mal en écrivant et se penche sur ces pathologies de l'insuffisance en les remettant en lien avec la réalité et avec leurs ressources... et ils en ont! Il est nécessaire d'aider ces jeunes pousses à dépasser certains "pics" de psychosomatisation que l'on constate au passage de la maternelle à l'entrée du CP, du primaire à la 6ème et à la sortie du lycée... Les jeunes, qu'ils écrivent mal ou pas, consultent pour des soucis de limites, de règles, de consignes ; ils ne tiennent pas en place, s'inquiètent de tout, ne reconnaissent plus bien les codes sociaux et se perdent eux-mêmes en manque d'étayage et de regards.

Nous arrivons à la fin de l'année scolaire ; à l'horizon se pointe soit une entrée au collège ou une autre au lycée... vite, vite, vite il faut consulter comme si d'un coup de baguette magique j'allais assurer jeunes et parents qu'en quelques séances tout allait rentrer dans l'ordre. Cette demande pressante et parfois impérieuse a quelque chose d'infiniment inquiétant et dérangeant et tous les ans... c'est le même phénomène qui se reproduit!

"Fais ce que ta main et ton esprit trouvent à faire, immerge-toi dans l'heure présente, ne rumine pas tes angoisses et tes soucis en anticipant sur les heures suivantes". (Etty Hillesum)

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 12:51
Miro "dancing cats" .... une façon de représenter les choses autrement!

Miro "dancing cats" .... une façon de représenter les choses autrement!

Notre travail s'appuie sur un cadre très strict, notamment une grande feuille blanche. La consigne est de se mettre en lien avec la trace et le mouvement qui l'a fait naître. Ce n'est ni de l'écriture, ni du dessin. Pourtant, ne serait-ce que pour échapper à la règle annoncée, c'est bien souvent le dessin qui s'invite au cours d'une séance.

Le dessin d'enfant est un champ d'expérimentation ; il offre un jeu sur les formes, la matière, la couleur, la composition. La spontanéité est de mise, mais pas toujours! Certains dessins se font -a minima- tentant vaille que vaille d'appuyer le discours, de préciser la pensée. On utilise le minimum pour raconter quelque chose qui manquerait de mots! Certains ponctuent leur trace d'un "de toutes façons... je ne sais pas bien dessiner!" ou au contraire : "vous pensez que je pourrais vendre ma feuille combien?"... Qu'est-ce que l'art au fond? Certains enfants en s'imaginant en véritable artiste restaure des pans entiers de leur personnalité souvent malmenée et mise à mal par l'école ou le regard des autres.

A ces dessins s'associe la couleur ; il est intéressant de se rappeler qu'à chaque étape de notre évolution correspondrait une couleur... théorie de la Spirale dynamique inventée dans les années 60 par un psychosociologue américain C.W. Graves et remise au goût du jour par Don Beck 30 ans plus tard. En gros il part de l'idée qu'une couleur s'associerait à différents stades de la vie : le beige = couleur du bébé jusqu'à 2 ans ; le violet : chez l'enfant de 2 à 4 ans, couleur de l'émerveillement ; le rouge : l'egocentrisme de l'enfant de 4 à 8 ans, le guerrier qui sommeille en nous, un côté "enfant roi" ; le bleu : vision normative de l'enfant de 8 à 12 ans (l'ordre, la loi, les règles) ; l'orange : vision individualiste que l'on retrouve chez l'ado et le jeune adulte (besoin de liberté et de création) ; le vert : couleur de l'individu devenu parent ; le jaune : la couleur de l'adulte responsable face à son environnement ; le turquoise : la sagesse!

Voilà... à méditer! les théoriciens de la Spirale Dynamique rêvent sans doute d'une humanité turquoise! pourquoi pas... il y a encore du travail! mais n'oublions pas que passer d'un stade à un autre n'annule pas la couleur précédente ; elles s'empilent, créant ainsi un arc-en-ciel de couleurs à l'intérieur de chacun de nous. La difficulté est d'être un bon chef d'orchestre et de trouver le bon tempo pour les faire cohabiter en toute harmonie.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 13:27
désespérer d'être
désespérer d'être

Il en va ainsi de l'écriture et de son inscription. Ecrire répond à deux questions : "est-ce que je suis?" et "serais-je encore après...".

La première question taraude bien des patients qui consultent pour une difficulté à écrire -vite et bien-. Qu'est-ce qui fait que je suis moi? quelle est ma part d'hérédité? comment puis-je prendre ma place au sein même de ma famille? ne suis-je qu'un ensemble de cellules, un coeur qui bat et un cerveau qui me mène parfois on ne sait où avec des pensées qui sans cesse me bousculent?

Je suis celui ou celle qui écrit et qui en déposant un assemblage de lettres sur une feuille laisse ainsi une trace intime -même maladroite et illisible-, mais indice de ma présence et de mon existence.

"Si l'on écrit, c'est avant tout pour laisser pour un autre que l'on ne connaît pas une trace de soi-même qui, nous l'espérons, nous survivra. Ecrire c'est affirmer l'espoir, qui nous console un temps, que l'esprit, notre esprit, existera encore pour quelqu'un lorsque notre corps ne sera plus". (*A. Bentolila)

Et voilà toute la problématique des jeunes et moins jeunes qui ont des difficultés à bien écrire. On est désespérément seul devant sa feuille. L'écriture fait référence à la séparation, à l'absence, inconsciemment, à la mort.

"C'est parce que je suis, par la grâce du verbe, à la fois "traceur" et "tracé" que je peux apaiser les chiens fous qui menacent de déchirer ce Moi si fragile".

Tout est dit dans cette phrase et fait référence à ces enfants si sensibles qui, étonnamment et en dépit de bons résultats scolaires, doutent sans cesse, s'interrogent, remplis de tant de volonté et de maîtrise qu'ils y perdent toute trace de détente et de bien être.

Certains décident alors de se "rogner les ailes" face au temps qui s'écoule pour s'échapper dans des contrées où le temps sera figé à tout jamais.
On ne peut ignorer la ressemblance entre ces jeunes et Peter Pan ; une comédie musicale est d'ailleurs à l'affiche en ce moment et devrait à nouveau ravir bien des gamins!

Peter Pan où le petit garçon qui ne voulait pas grandir ; pièce de théâtre pour enfants et pour ceux qui l'ont été un jour, écrite par un homme qui entendait rester un enfant. "Peter Pan est insaisissable. Comme il le dit lui-même "je suis la jeunesse, je suis la joie, je suis le petit oiseau sorti de sa coquille". La seule chose qui lui fait vraiment peur est de devoir grandir, apprendre des choses graves et être un homme".

L'histoire de Peter Pan est avant tout la production d'une souffrance infantile, celle de son auteur James Barrie.

J'y fais souvent référence car dans mon travail et l'aide apportée à ces patients privés de leur écriture manuscrite, il m'arrive bien souvent de rencontrer des enfants tristes qui dans leur effort pour ne pas pleurer, ne pas s'effondrer et surtout ne pas oublier leur petite enfance perdent aussi la capacité de sentir, comme s'ils ne pouvaient plus distinguer ce qui est à l'intérieur d'eux et ce qui est dehors. Ils voltigent dans l'air, dans le flou total de leurs sensations.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 09:15
l'atelier - huile sur toile (catdigue)

l'atelier - huile sur toile (catdigue)

L'autonomie... quel joli mot qui suscite tant d'inquiétudes chez mes jeunes patients et par ricochets chez leurs parents.

L'origine du mot "autonomia" en grec vient de autos, soi-même et nomos, la loi. En gros, c'est savoir s'imposer des règles à soi-même. Difficile alors de mettre les points sur les "i"... aux questionnements des parents inquiets. Oui, leur enfant est encore un peu "bébé" à bien des égards et ce n'est pas toujours en lien avec de bons résultats scolaires... On peut être très performant mais flanquer le bazar en classe ou se heurter aux profs ; on peut aussi, hélas, ne pas avoir de résultats à la hauteur de ses compétences intellectuelles et décider de se laisser vivre... l'autonomie n'est pas faire n'importe quoi mais être responsable de ce que l'on fait. Bien des enfants ou des adolescents s'y perdent et bien des parents s'y méprennent.

La plupart du temps les jeunes qui souffrent de leur écriture sont aussi fâchés avec les limites, les consignes. L'écriture se bâtit sur des règles, sur le code alphabétique en premier puis sur le sens des lettres qui deviennent symboles. Je remarque que bien souvent mes jeunes patients sont incapables de travailler dans leur chambre et se tiennent là où tout le monde "passe", où se trouve maman : la salle à manger, la cuisine, le bureau (mais pas le leur!). Facilement distraits ils ont sans cesse besoin d'avoir quelqu'un qui fasse à leur place, quitte à les houspiller lorsqu'ils font n'importe quoi! qu'importe! l'essentiel est de ne pas être seul. Et on est seul devant une page blanche pour y déposer son écriture.

Notre objectif dans l'aide proposée est de les amener à travailler de plus en plus seuls. Même petit, on peut se "lancer" à sa mesure tout en bénéficiant du regard attentionné de maman, de papa ou d'une autre personne ; plus on grandit, plus il est nécessaire de mener à terme ses devoirs avec discipline, persévérance et accepter de faire des efforts -même lorsque l'on est très bon en classe- ; les "précoces" connaissent bien le problème! à quoi bon s'atteler au travail puisque, même sans réviser, on obtient de bonnes notes!!

Je ne dis pas qu'un enfant doit être laissé à lui-même ; non, bien au contraire ; dès le primaire, puis au collège il a besoin d'un cadre, d'une présence, d'un soutient ce qui est bien différent d'une présence qui fait à sa place, dirige et empêche la prise de décisions voire l'évaluation des risques.

Etre autonome en toute quiétude nécessite d'être au clair dans sa tête et dans son coeur. Certains, parfois, veulent rester le petit, le tout-petit de maman. C'est aux parents de mesurer la bonne distance et de veiller à laisser aussi leur enfant libre : libre de ses choix, de ses engagements, de ses expériences... tout en veillant au grain!

Il ne faut pas oublier que les jeunes qui souffrent en écrivant (écriture trop lente, imprécise, illisible...) s'oublient en quelque sorte et s'en remettent à l'autre pour décider, choisir, voire sentir à leur place. Il est avant tout nécessaire de les aider à rétablir le contact perceptif avec eux-mêmes car ils ne se "voient pas". Certains réclament même qu'on leur indique ce qu'ils doivent sentir. Ils ne tiennent que par le regard de l'autre ; regard qui peut aussi les faire défaillir au point de prendre leurs jambes à leur cou dès lors qu'un travail de relaxation leur est proposé. Il y a des enfants qui ne peuvent le supporter ; c'est trop.

Il me semble bien souvent que derrière ce travail de soutient perce toujours des similitudes avec la peinture, la trace, le dessin.

"L'art, c'est l'harmonie. L'harmonie c'est l'analogie des contraires, l'analogie des semblables, de ton, de teinte, de ligne, considérés par la dominante et sous influence d'un éclairage en combinaisons gaies, calmes ou tristes" (G. Seurat)

Cela m'évoque bien des séances de thérapie!

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 15:07
sèchage des feuilles de papier - extrait d'une lettre de V. Van Gogh qui associe le texte au dessin
sèchage des feuilles de papier - extrait d'une lettre de V. Van Gogh qui associe le texte au dessin

sèchage des feuilles de papier - extrait d'une lettre de V. Van Gogh qui associe le texte au dessin

On dit que la meilleure chose qu'il puisse arriver à un drap c'est de finir en papier! ... du beau papier comme ceux du XVIIIème dont la tenue n'avait d'égale que la souplesse. Ces papiers à la fine dentelure de gaufrette, à la couleur crème, douce et moirée.
Autrefois les cours d'eau charentais étaient si purs que les moulins y poussaient comme des champignons. On y transformait des chiffons de lin, de chanvre ou de coton en feuilles merveilleuses, papier incomparable pour l'écriture, la gravure et l'imprimerie.

Il existait des maîtres-papetier et le papier s'est fabriqué à peu près de la même façon jusqu'en 1799 jusqu'à ce que Louis Nicolas Robert inventa la "machine à faire le papier d'une très grande étendue". Avant, tout se faisait à la main, des cuves aux meules : les fibres textiles étaient déchiquetées, on y ajoutait un peu de pigment et la pâte était recueillie dans tes tamis jusqu'à ce que l'eau fasse son ouvrage ; la feuille était ensuite mise à sécher dans des étendoirs. Il en va encore ainsi aujourd'hui dans certaines manufactures où l'art du beau papier perdure : on donne naissance au papier une fois l'eau retirée. Une véritable poésie.

Nul n'ignore le mot "vélin" qui fera la célébrité de la ville d'Angoulême.
Lorsque l'on parle d'écriture on évoque aussi le support : la feuille de papier ; celle qui reçoit les premières lignes tremblantes d'une main légère hésitante ou brusque, pressée d'en découdre avec le texte! qui n'a pas gardé le souvenir de ces premiers essais le coeur battant? tous ces mots : papier couché, buvard, calque, papier sulfurisé, papier pelure ou papier cigarettes et tant d'autres... Ce papier qui nous ramène aussi aux cahiers d'écoliers, aux odeurs des pages de livres scolaires mais surtout à tous les petits mots griffonnés, aux poésies, aux dessins aussi.

Une belle feuille de papier réjouit encore les enfants ; il s'y projette à sa façon, s'y place comme il veut : tout en haut ou serré à gauche. Certains préfèrent le côté lisse et doux d'une feuille d'autres veulent y trouver une résistance : qu'il y ait du répondant! La douceur face à l'affrontement...

Ce n'est que lorsque les lignes obligent à y "caser" les mots en bonne et due forme que les choses se gâtent! : il faut rentrer dans ces petites interlignes et accepter la règle calligraphique, bon gré, mal gré. Certains dépassent l'exercice, d'autres s'y heurtent : les dysgraphiques!

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 10:15
"mother and child" Mikio Watanabe (gravure)

"mother and child" Mikio Watanabe (gravure)

"Je suis inscrit à un atelier de gravure" dit-il fièrement comme s'il voulait me montrer que, si son écriture n'est guère présentable, il a bien d'autres talents et que sa main n'est pas si "empotée" que cela!

Socrate tient l'écriture pour un simulacre -telle la peinture- qui fait prendre pour vraie et pour réelle la représentation de la chose et non pas la chose elle-même. L'écriture ne serait-elle donc qu'un artefact du langage? un langage mis noir sur blanc avec ou sans fioritures, avec spontanéité ou pas? où se cachent souvent bien des tromperies et des mensonges...

On peut soi-même s'interroger sur le sens que revêt son écriture sur le plaisir que l'on a à écrire et parfois même sur l'inconfort ou l'inhibition que l'on rencontre selon les périodes de la vie ; certains ne peuvent même plus toucher un stylo du jour au lendemain et s'en tiennent donc à la parole.

Je m'interroge sur le plaisir visible de ce jeune patient : "quand je grave, j'enfonce mon stylet et je laisse une belle trace, bien visible"... lui dont la pression est pratiquement évanescente alors qu'il est cramponné à son stylo au point de blanchir ses phalanges!

Ecrire "donne stature à la parole et la fait se tenir contre ce qui la menace en elle -l'eau, le sable, le vent...". Ecrire noir sur blanc pour ne pas oublier, pour ne pas s'oublier.

Sur la plaque de cuivre la trace s'inscrit en creux m'explique-t-il le plus sérieusement du monde. Cette trace qui s'imprime est semblable à un reflet.

Je pense à la gravure, au mot, au son, contraire de "gravir" ; c'est une descente en profondeur. Graver étymologiquement oscille entre -graphein- et -graben-, entre l'écriture et le creusement qui évoque un peu le côté sombre de la tombe.

On creuse pourquoi? pour trouver un trésor? les jeunes patients que je vois sont très souvent passionnés par l'archéologie, l'histoire, toutes les histoires ; on creuse pour trouver un secret enfoui, faire un trou, chercher la lumière ou la vérité. Pour creuser, même dans l'acte de graver, il faut de la volonté et engagé son bras, son corps, butter contre la résistance de la plaque, du métal.

Je l'imagine gravant son nom sur l'écorce des arbres ou dans un petit coin de mur pour qu'on ne l'oublie pas. On ne creuse jamais sans raison.

L'écriture est une matière sensible. "Le mot écrit se mêle si intimement au mot parlé dont il est l'image qu'il finit par usurper le rôle principal". (Saussure)

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 14:11
calligraphie Frank Lalou
calligraphie Frank Lalou

calligraphie Frank Lalou

entre le lisible et l'illisible...

Pour calligraphier il faut de l'encre, une plume et du papier ; pourtant on est bien loin de l'écriture! celle des apprentissages, celle de la cursive telle qu'elle est enseignée à l'école. Ici il s'agit d'art, de spirituel

 

Frank Lalou* l'exprime très bien dans ces quelques lignes "je n'étais pas un écrivain mais un calligraphe. Si j'avais passé tant de temps devant des feuilles de papier, ce n'était pas seulement pour exprimer en mots ma pensée mais surtout pour le plaisir pur et enfantin de tracer et tracer des lettres sur du papier. Le crissement de l'acier de la plume, l'âcreté des senteurs de l'encre, le velouté des vélins. Calligraphier me donnait une joie infinie, la sensualité qui accompagnait chaque expérience me comblait. Ecrire, par contre, exigeait un certain lot de souffrance, chaque page me coûtait énormément de labeur".

* Frank Lalou est "le" spécialiste de la calligraphie des 22 lettres de l'alphabet hébreu ; il vous fait découvrir aussi la calligraphie universelle, entre autres les traditions latine, arabe et chinoise comme une véritable voie de l'Être.

Regarde!

Dans le parchemin se lit chemin

Ose le voyage

A droite, à gauche

Tout droit? Peut-être!

Chaque chemin est un "peut-être"

Le risque est l'essence de la vie

Dans le parchemin tu liras chemin...

(Marc-Alain Ouaknin)

Dans la calligraphie des lettres hébraïques c'est presque un travail de tisserand : "avec les lignes et les lettres et les millions de va-et-vient de la navette des mots on tisse en quelque sorte des tapis de prière". C'est comme un exercice, un rituel, un mantra visuel.

Prenez d'abord du plaisir à ce que vous faites... je crois que dans toute activité il en va de même...

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.

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